jeudi 22 mai 2014

En Iran, pas de place pour « Happy » – Scott Peterson 21 mai 2014

De jeunes Iraniens qui avaient filmé une version du tube « Happy » Ont été arrêtés puis relâchés. L’ayatollah Rouhollah Khomeiny avait dit : « En Islam, pas de rigolade. »


Dans cette capture d’écran de la vidéo postée sur YouTube, les gens dansent sur le tube de Pharrell Williams sur les toits de Téhéran.

Istanbul et Téhéran

L’infraction : trop s’être amusés.

En Iran, les libertés sociales se sont souvent mesurées à la fréquence à laquelle on voyait hommes et femmes main dans la main ou jusqu’où les femmes pouvaient repousser leurs foulards. Alors, les six jeunes qui ont dansé ensemble sur les toits, cheveux au vent dans leur propre version du tube joyeux « Happy » ont pris des risques.

Il y a une génération, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny, père de la révolution islamique de 1979, a édicté une règle sans compromis quand il a dit que Dieu « n’avait pas créé l’homme pour qu’il s’amuse… Il n’y a pas d’humour dans l’islam, pas de rigolade en islam. » 

Il n’y avait pas non plus de musique. Monsieur Khomeiny a dit à Radio Iran de se battre « de toutes ses forces » parce qu’il n’y avait « pas de différence entre la musique et l’opium. »

Les six danseurs ont été arrêtés, et, hier soir, ils ont été présentés à la télévision iranienne peu de temps après leur arrestation, dos tourné à la caméra. Le chef de la police de Téhéran, Hossein Sadjenia, a traité la vidéo de « clip vulgaire » qui « choquait la pudeur du public » et a mis en garde les Iraniens contre d’autres actes « corrompus ».

L’arrestation, qui a déclenché une tempête de critiques internationales sur les médias sociaux, suit le discours du président Hassan Rouhani ce week-end demandant plus de liberté sur internet. Aujourd’hui, alors qu’on rapporte que le groupe « Happy » a été libéré, Monsieur Rouhani a twitté un extrait d’un de ses discours de juin dernier : « Le bonheur fait partie des droits de notre peuple. Il ne faut pas être trop durs avec les conduites causées par la joie. »

Une guerre

De l’extérieur, la culture iranienne peut apparaître banale et chicaneuse.

Mais une clique d’officiels intégristes se considèrent comme les gardiens de la pureté culturelle de la république islamique et mettent en garde contre « l’invasion culturelle » de l’occident. Le tube vidéo de Pharrell Williams a produit des copy cats dans 140 pays ; il n’est pas surprenant que la version de Téhéran, vue 165.000 fois avant l’arrestation, ait fini par produire une réponse lourde.

La production d’une telle vidéo a toujours été risquée en Iran où des règles strictes régissent la façon dont les femmes doivent se couvrir la tête, interdissent de danser en public et limitent les contacts en public entre les hommes et les femmes quand ils ne sont pas mariés ensemble.

Voilà contre quoi Rouhani se bat alors qu’il tente de tenir ses promesses de campagne de plus de liberté sociale ; jusqu’à présent, les progrès ont été limités, les médias se sont un peu ouverts à la musique. « Pourquoi tremblons-nous tant ? Pourquoi nous tapissons-nous dans un coin, agrippant un bouclier et une épée de bois de peur de prendre une balle dans cette guerre culturelle ? » a-t-il dit ce week-end avant les arrestations d’  « Happy ». Même s’il y a des attaques, et il y en a, il faut y faire face par des moyens modernes, pas des méthodes passives et lâches. »

Poussez-Tirez

D’autres versions de « happy » ont été produites, en même temps qu’un nouveau phénomène sur internet : des Iraniennes postent des photos d’elles à l’extérieur, mais sans être vues, retirant leurs foulards avec joie.

Il y a deux semaines, une manifestation a eu lieu à Téhéran contre la campagne anti-foulard et l’assouplissement des normes de pudeur alors que les températures du printemps grimpent. Les manifestants intégristes, dont des femmes portant de longs tchadors noirs, se plaignaient que ces femmes étaient « mal-voilées. »

L’arrestation du groupe « Happy » pourrait se retourner contre le régime, suscitant la ridiculisation des règles, comme les tristes versions anonymes postées de « Happy » respectant strictement les règles de l’islam sur la couverture du corps.

Lors de la diffusion télévisée, les six se tenaient tête basse comme s’ils étaient obligés d’avouer ; ils ont dit qu’on les avait poussés par ruse à faire la vidéo, alléguant qu’ils pensaient participer à une audition.

Le chef de la police de Téhéran s’est vanté d’avoir identifié les six en deux heures quand il a reçu l’ordre de les arrêter, leurs noms apparaissaient en clair sur la vidéo, et de les avoir cueillis en six heures. Personne n’a mentionné le fait que la vidéo avait été postée depuis plusieurs semaines.

Le site d’information IranWire a cité une source : « Tous les jeunes producteurs ont reçu des appels téléphoniques pour les informer qu’un de leurs amis avait eu un accident de voiture et avait besoin de leur aide. Quand ils sont arrivés à l’adresse donnée au téléphone, les forces de sécurité les attendaient pour les arrêter. »

Cette source a dit hier à IranWire qu’ils seraient libérés aujourd’hui contre une caution de $10.000 et l’engagement de ne pas parler aux médias.

Source : http://www.csmonitor.com/World/Middle-East/2014/0521/.U3z41ovfMog.twitter

Deux célébrations en une seule année en Iran – Issa Saharkhiz – 6 avril 2014


Il n’est pas exagéré de dire que cette année, les Iraniens ont célébré deux grands évènements : Norouz (la nouvelle année iranienne, le premier jour du printemps) et, à la fin des deux semaines de congés de Norouz, l’annonce de la libération des soldats iraniens enlevés.

Mais ce qui a rendu ces festivités encore plus joyeuses, malgré la perte de l’un des soldats enlevés, Djamshid Danaifar, c’est la solidarité de la nation iranienne dans ses demandes de libération des quatre soldats restants. Les Iraniens de tous horizons, quelle que soit leur religion, leur couleur ou leur langue se sont rassemblés autour de cet appel.

Les Iraniens ont ainsi démontré qu’ils pouvaient s’unir et rester déterminés autour d’un but commun et d’une responsabilité humanitaire.  

Qui aurait cru que les prisonniers politiques kurdes iraniens se seraient solidarisés avec l’appel à une libération sans condition de gardes-frontières chiites ? Qui aurait cru qu’un religieux chiite dont les gendres et beaucoup d’autres membres de la famille et d’amis sont emprisonnés, qui est lui-même interdit de sortie du territoire et ne peut même pas accomplir le pèlerinage à la Mecque, qui est l’objet de diatribes quotidiennes des ultra-conservateurs comme le religieux Mesbah-Yazdi prendrait l’initiative d’envoyer un message demande la libération des gardes chiites ?

Qui aurait compris que la majorité des Iraniens s’uniraient pour appeler à la libération des gardes tandis que les religieux importants de la ville de Ghom restaient silencieux sans  lever le petit doigt ?

Il y a beaucoup d’autres exemples d’engagement et de dévouement venant de différentes parties de la société iranienne, mais la clé a été la capacité de la nation, et plus particulièrement des sunnites et des chefs religieux de la province du Sistan-Baloutchistan sous la direction de Molavi Abdol-Hamid. Ce religieux a mis de côté les privations connues et les discriminations dont souffre cette province sunnite pour mettre cet appel humanitaire pour la libération des gardes enlevés au premier plan.

Ont également participé à ce vaste effort des artistes, des sportifs et des commentateurs sportifs qui, grâce à leur grande influence, ont su atteindre le cœur de beaucoup de leurs auditeurs ou spectateurs, les incitant à signer un message demandant aux kidnappeurs de libérer leurs otages. Plus d’un million et demi de signatures sur cet appel ; c’est historique et sans précédent. 

Les déclarations et la signature de Mohammad-Reza Taghipour, ancien combattant en chaise roulante qui est aussi directeur du Musée de la Paix de Téhéran, celles d’Ali Nassirian et de Reza Kianian, artistes de cinéma, parmi tant d’autres enregistrées au bureau des Nations-Unies de Téhéran, ont joué un rôle majeur dans la diffusion du message à la communauté internationale et en fin de compte aux ravisseurs eux-mêmes.  

On ne peut, bien sûr, nier l’impact des efforts officiels de la diplomatie. C’est pourquoi l’on peut accepter cette conclusion officieuse : la libération des gardes-frontières iraniens par ce qui reste du gang Righi a eu lieu suite à des efforts complexes dont les plus importants ont été les mesures prises par les chefs religieux de la province du Sistan-Baloutchistan.

Tout ceci fait maintenant partie de l’histoire. Mais en ayant été plus perspicace, le seul décès aurait peut-être pu être évité, surtout si on n’avait pas publié de rapports inexacts. L’absence de ces rapports erronés aurait pu désarmer les appels à la revanche et à la violence, créant ainsi une atmosphère où il eut été plus difficile de recourir à la violence.

Tout ceci démontre l’inutilité de refuser de parler aux ravisseurs des gardes car cela aurait donné à Djeish al Adel une certaine forme de reconnaissance officielle. Le député Ahmad Bakhshayesh, du comité national de sécurité du parlement a déclaré : «  Comme la république islamique ne voulait pas reconnaitre le groupe Djeish al Adel, elle a demandé de l’aide aux religieux sunnites.

La déclaration du groupe a confirmé l’influence des religieux sunnites qui ont négocié avec eux ; elle louait leurs efforts.

Tout ceci est maintenant derrière nous ; il est temps pour les dirigeants du régime islamique de mettre en pratique leurs discours sur l’union des chiites et des sunnites de ce pays et de permettre à la population et à ses représentants réels, religieux,  militants politiques et sociaux y compris, de prendre en charge leur libre engagement en répondant aux besoins de la population.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/06/article/one-year-two-celebrations-in-iran.html

mercredi 21 mai 2014

Un propagandiste de la dictature iranienne : Les hommes ont le droit de violer les femmes non-voilées – 21 mai 2014

La dictature iranienne réagit à une nouvelle campagne sur les réseaux sociaux appelant les Iraniennes à poster des photos d’elles montrant des actes furtifs de liberté. Des milliers d’Iraniennes ont partagé des photos d’elles sans le foulard obligatoire (hidjab). Cette action populaire a jusqu’ici attiré plus de 300.000 utilisateurs de Facebook et des milliers d’utilisateurs de Twitter sous le mot-clé #MyStealthyFreedom. La page Facebook a été créée par Masih Alinejad, journaliste iranienne vivant en exil à Londres.

Tentant de répandre la peur dans la société iranienne, Tasnim, une agence de presse de l’état iranien exploitée par le Corps des Gardes Révolutionnaires Iraniens (IRGC) a interviewé Hadi Sharafi « militant des médias » (c’est-à-dire propagandiste du régime) a tenté d’envoyer un message aux supporteurs de la campagne : « Arrêtez ou sinon… »

Dans cette interview Sharifi a accusé Alinejad de travailler pour la CIA et a expliqué que ceux qui avaient « liké » la page Facebook de la campagne l’ont fait pour s’informer sur ses développements et non pour soutenir la cause. Sharifi dit que, si les femmes pensent que c’est leur droit de montrer leur beauté ou de paraître en société comme elles le veulent, ou de révéler leur beauté aux hommes, alors elles devraient aussi envisager le droit des hommes à jouir des femmes. Il a tenté d’expliquer qu’il est naturel et instinctif pour un homme d’être attiré par la beauté d’une femme et de rechercher à avoir des relations sexuelles avec elle, que c’est le droit des hommes de jouir de ce qu’ils aiment. Sharifi dit que si un homme force une femme qui « montre sa beauté », cela ne doit pas être considéré comme un viol.

Sharifi dit que puisque les hommes n’ont pas donné aux femmes la permission de montrer leur beauté, les hommes excités par la « nudité » des femmes n’ont pas besoin de demander la permission des femmes pour assouvir leurs besoins sexuels.

Le propriétaire de Tasnim est l’ancien rédacteur en chef de l’Agence Fars News, une agence de presse d’état exploitée et contrôlée par l’IRGC.

Source : http://persian2english.com/?p=24998

La honte que je porte en moi – Masoud Lavasani 20 mai 2014

  
   



J’avais six ou sept ans, je me rendais avec mes parents par l’allée tortueuse du quartier « Imamzadeh Yahya » chez mon grand-père. Une rue étroite avec un ruisseau au milieu qui longe le marché couvert « Pesteh Bak » qui sentait le pain frais chirmâl (galette au lait) et qui est si accueillant

Juste avant la ruelle pour arriver chez mon grand-père, il y avait de vieux bains publics avec dix à vingt marches qui descendaient au sous-sol où certaines scènes de Gheysar de Massoud Kimiaï ont été tournées. Il y avait aussi une petite mosquée relativement modeste pour l’époque. Un vieux mollah y disait ses prières quotidiennes. Au royaume de mon enfance, c’était un homme célèbre ; il portait une longue barbe blanche et un turban noir plein de dignité et semblait hors de portée.

On disait que ce mollah avait forcé des familles bahaïes à renier leur religion et à devenir musulmanes au plus fort de la révolution islamique de 1979.

J’ai entendu parler des bahaïs pour la première fois à cet âge. Quand j’ai grandi, je suis allé dans une sandwicherie. Sur la vitrine, il était écrit : « Cette épicerie appartient aux minorités religieuses. » J’ai demandé à mon père : « Qu’est-ce qu’une minorité religieuse ? »Il m’a répondu : « les chrétiens, les juifs et les bahaïs qui vivent parmi la majorité chiite. » J’ai questionné mon père sur les bahaïs. Il m’a expliqué qu’au contraire des chiites, ils croyaient que l’Imam Mehdi s’était manifesté et m’a raconté l’histoire de ses relations avec les bahaïs.

Avant la révolution, mon père avait un ami bahaï né d’une famille chiite. Cherchant à s’informer sur la religion bahaïe, il a questionné son ami sur sa foi et ses traditions religieuses. Mon père m’a dit qu’il était bizarre dans sa famille d’avoir un ami bahaï, surtout qu’il ignorait auparavant ce qu’était un bahaï. Même avant la révolution, beaucoup de propagande négative circulait sur les bahaïs. Les illettrés ignorants croyaient en général que les bahaïs n’interdisaient pas le mariage entre frères et sœurs.

Mon père avait appris de son ami quelques-unes des traditions et des croyances de la religion bahaïe mais, plus que tout, il était attiré par l’idée que les bahaïs ne mentaient pas.

Mon père partageait avec moi sa perception de musulman chiite, mais j’ai compris que, si les bahaïs ne mentaient pas, c’était dû à leur côté humaniste et attentionné.

C’est pourquoi je n’ai jamais prêté attention à la propagande hostile aux bahaïs.

Les années ont passé et je n’ai pas rencontré de bahaï jusqu’en 2009, lorsque je me suis retrouvé dans un coin où j’en ai rencontré plusieurs. J’ai tout d’abord fait la connaissance de Peyman Kashfi à la section 350 de la prison d’Evine ; il est un peu plus âgé que moi, avec un diplôme d’ingénieur (si je ne me trompe pas) de l’Institut Bahaï d’Education Supérieure (BIHE). Etant bahaï, on lui avait interdit l’entrée dans toutes les universités. Il avait été arrêté pour avoir organisé une cérémonie religieuse et emprisonné avec une longue peine. Quand Peylan est arrivé j’ai entendu les détenus dire qu’il était bahaï. Sa présence ne m’a pas interpellé uniquement parce que je n’avais jamais rencontré de bahaï jusqu’à ce jour.

Dans une société où les citoyens sont bombardés d’allégations contre les bahaïs de façon unilatérale, quand on est contraint de vivre dans un petit espace près des « autres » on est suffisamment intéressé pour les étudier.

D’abord, Peyman a salué tout le monde. Il participait au-delà des attentes aux tâches de la prison : vaisselle, débarrasser la table, etc… même quand ce n’était pas son tour. Quelquefois, cela me mettait en colère et je le lui disais : « Cher Peyman, tu es du genre à finir en martyr à la fin du film.» J’étais fasciné par le caractère de Peyman. Ce qui m’attirait en lui c’était son calme, son comportement et sa dignité dans tous les aspects de sa personnalité et de sa conduite. Il parlait très doucement et lentement, montrait tant d’empathie dans nos conversations sur nos proches qu’on avait envie de lui parler pendant des heures. C’est ainsi que durant mes premiers jours nous sommes devenus très amis et nous avons passé de nombreuses heures ensemble.

Nous discutions de littérature, de poésie et de musique. Nous parlions aussi parfois de notre façon de vivre et de notre culture. J’ai demandé à Peyman de me parler de la foi bahaïe mais apparemment, il ne voulait pas m’en parler. Quand j’ai insisté, il m’a dit : « Avant de nous mettre à la section 350, les autorités nous on dit à nous, bahaïs de ne pas nous mêler aux autres détenus. Autrement, nous allons recevoir des peines supplémentaires pour avoir enseigné la religion bahaïe dans une cellule de prison.»

C’était comme une prison à l’intérieur de la prison, mais nous n’avions pas le choix. 24 heures par jour, sept jours par semaine, 30 jours par mois et 12 mois par an, nous vivions dans une cellule de 20 m² sans pouvoir même nous parler. Alors pendant que nous étions ensemble à la section 350 d’Evine, il ne m’a pas beaucoup parlé de la foi bahaïe. Je lui avais demandé de m’expliquer cinq ou six sujets. La première chose qu’il m’a expliquée c’était les coutumes des fiançailles et du mariage dans la foi bahaïe. Nous avons parlé des droits des femmes, du divorce, de l’avortement, du mariage gay, de l’alcool, du culte bahaï, de ce qui était obligatoire et de ce qui était interdit.

Il n’a jamais insisté sur ses croyances pour propager la foi bahaïe. Il ne la mentionnait jamais sauf si on le questionnait. Au fil du temps, notre amitié a grandi et j’ai eu de plus en plus honte d’être musulman chiite : pourquoi mes camarades musulmans infligeaient tant de cruauté et d’injustice aux bahaïs.

Certains disent qu’en république islamique d’Iran les bahaïs ont des citoyens de seconde zone, mais j’ai été témoin que la république islamique ne leur donne absolument aucun droit à la vie, leurs vies et leurs propriétés peuvent être prises par n’importe quel citoyen musulman. Un bahaï n’a pas le droit de propriété ni même droit à sa propre destinée.

J’ai vu de mes yeux des actes méprisables d’injustice perpétrés par un être humain contre un autre être humain jamais vu au vingt-et-unième siècle.

Maintenant, l’humanité a atteint son point de maturité pour le savoir. La couleur de notre peau et ce à quoi nous choisissons de croire ne sont pas des raisons pour juger que quiconque est au-dessus des autres. Je ne comprends tout simplement pas pourquoi un être humain bahaï en Iran n’a pas droit à une éducation supérieure ni même à un cimetière ! N’ont-ils pas les mêmes droits que les autres Iraniens qui partagent la même terre ?

Au début de ma relation avec Peyman j’avais beaucoup de questions. A ce jour, je n’ai pas trouvé les réponses.

Peyman Kashfi était exceptionnellement pacifique et gentil. Je lui présente mes excuses personnelles pour les injustices commises contre les bahaïs et pour toute cette cruauté, mais je me souviens qu’il n’a pas fait montre de la moindre haine envers ceux qui l’avaient interrogé et qui l’avaient fait atterrir en prison.

Je lui ai dit qu’il me semblait intéressant de noter que si le monde se retournait, il n’aurait aucune réaction.

Il a souri et m’a dit les célèbres mots de Kurt Vonnegut Jr : « Oui donc ainsi vont les choses … »
Peyman, j’ai honte de me nommer être humain alors que tu es prisonnier de mes coreligionnaires ignorants.

Massoud Lavassani est un journaliste vivant en Turquie

Source: http://iranwire.com/blogs/6272/5835/


mardi 20 mai 2014

Les leaders bahaïs iraniens depuis six ans en prison pour leurs convictions religieuses – Ramin Ahmadi


Les sept prisonniers bahaïs avant leur arrestation. De gauche à droite : Fariba Kamalabadi, Vahid Tizfahm, Djamaloddin Khandjani, Afif Naïmi et Mahvash Sabet. Assis : Behrouz Tavakkoli et Saïd Rezaï.

J’ai 14 ans dans le sud de l’Iran à l’été 1977. La plupart des gens n’ont jamais entendu parler de l’ayatollah Khomeiny ou d’une révolution islamique. Le bâtiment du lycée est situé sur un terrain sec. Nous jouons au football chaque jour derrière le lycée. La chaleur est oppressante et, après une heure sur le terrain, nous nous précipitons vers les fontaines et faisons la queue pour que l’eau fraîche lave la poussière et la sueur de nos visages hâlés. Je choisis la queue la plus courte, il n’y a qu’un camarade de classe devant moi. Mais mes autres camarades m’avertissent immédiatement : « Hé, il ne faut pas boire à cette fontaine, pas après lui ». Je demande : « Et pourquoi pas ? » Ils me répondent : « Il est bahaï »

Malgré leur avertissement, je bois à cette fontaine. J’avais soif et c’était la queue la plus courte après tout. Ils me disent que je suis désormais sale, Nadjes ! disent-ils. Ce qui veut dire impur, un mot dégradant utilisé pour décrire des minorités religieuses iraniennes, particulièrement les bahaïs. Mes camarades de classe insistent qu’en tant que musulmans purs et propres, ils ne boiraient jamais à la même fontaine qu’un bahaï. Mon ami bahaï garde le silence, me sourit doucement et s’en va poliment.

Je n’ai pas grandi dans une famille religieuse et je ne savais pas comment me garder « pur ». Plus tard dans la journée, j’ai demandé à ma mère, principale d’un lycée de jeunes-filles, pourquoi mes amis ne pouvaient pas boire à la fontaine où un bahaï avait bu. Elle s’est mise à rire. Elle m’a dit que c’étaient des croyances superstitieuses venant du manque d’éducation. « Ne t’en fais pas. Ce n’est pas important. Ils vivent en marge de notre société.»

Trois ans plus tard, ma mère, comme beaucoup d’autres femmes de son âge qui travaillaient, a été forcée de quitter son emploi. La république islamique battait son plein et ce qu’on appelait « la marge » ressemblait plus au texte principal. C’était nous, les impurs qui étions en marge. L’ayatollah Khomeiny avait réussi à puiser dans certaines de nos tendances culturelles les plus profondes et les plus répugnantes et à les mobiliser pour arriver au pouvoir politique.

Le nouveau régime discriminait les femmes, persécutait les minorités religieuses, surtout les bahaïs, sévissant contre les journalistes, réprimant les avocats et d’autres défenseurs des droits humains et chassant les opposants politiques. L’emprisonnement, la torture et les exécutions étaient partout, et l’étendue des violations des droits humains difficile à appréhender.

Depuis ce temps, j’en suis arrivé à comprendre que ce règne de la terreur reposait sur trois tendances problématiques enracinées dans la culture traditionnelle exploitée de façon experte par l’état policier au pouvoir. La première est la xénophobie et à un engagement rhétorique à l’anti-impérialisme, un aimant pour les universitaires occidentaux, que le gouvernement a utilisé pour détourner toute critique légitime sur ses violations flagrantes contre ses citoyens. La deuxième est la misogynie que le gouvernement a utilisée pour justifier un système d’apartheid basé sur le sexe. La troisième ce sont les préjugés religieux profonds auxquels le gouvernement a eu recours pour assiéger les minorités religieuses d’Iran, et de nouveau, spécialement les bahaïs.

Depuis la révolution, j’ai vécu en marge et j’ai suivi les informations concernant ceux qui étaient marginalisés. Je ne m’intéresse pas au problème nucléaire, aux relations entre les divers éléments du gouvernement révolutionnaire, ni aux cabinets présidentiels qui tournent sur la scène politique iranienne. Je m’intéresse plutôt aux violations quotidiennes et systématiques des droits humains.

Les dernières informations des marges me ramènent à ce jour sur le terrain de football : le 14 mai, il y a eu six ans que les dirigeants bahaïs d’Iran ont été emprisonnés pour nulle autre raison que leur foi. Ces dirigeants sont les victimes les plus évidentes de la population bahaïe qui continue à être brutalement réprimée. La communauté bahaïe est une minorité pacifique, apolitique à qui on ne permet simplement pas de vivre en paix.

Au bout de trois décennies de militantisme pour les droits humains, j’en suis arrivé à la conclusion que le sort de notre minorité bahaïe ne se limite pas à son sort, c’est le sort de tous les Iraniens qui ne sont pas conformes d’une façon ou d’une autre. Leur liberté religieuse, leurs droits humains sont la condition préalable à notre liberté, à nos droits humains. Nous devons comprendre que tous, quels que soient notre sexe, notre ethnie, notre religion, notre orientation sexuelles ou nos idées politiques, nous sommes complètement humains et méritons d’être traités comme tels. La libération des dirigeants bahaïs serait un bon début.

Ramin Ahmadi est médecin à Danbury, Connecticut et l’un des fondateurs du Centre de Documentation sur les Droits Humains en Iran.

Source : http://www.theguardian.com/world/iran-blog/2014/may/19/iran-bahai-minority-jail-religion?CMP=twt_gu

Lettre de huit prisonniers politiques de Radjaï Shahr

Encore une autre peine de mort, arrêtez de tuer ! Il faut empêcher l’exécution de la peine de mort de notre compatriote sunnite Shahram Ahmadi.

Le samedi 26 avril a marqué le sixième anniversaire de l’incarcération de Shahram Ahmadi sur le seul chef d’accusation de s’être opposé aux insultes et au harcèlement dont est en but la minorité sunnite du Kurdistan. Il a été condamné à mort par ceux qui ne supportent pas ses actions courageuses et sa résistance contre la répression brutale de la liberté ; ils ont forgé de fausses accusations contre lui.

Il n’y a pas si longtemps, son jeune frère Bahram Ahmadi, qui n’avait pas encore atteint l’âge légal, a été exécuté. Sa famille a été frappée par de mauvais évènements, sa mère a frôlé la mort lors d’une attaque cardiaque à l’annonce de l’exécution de son enfant bien-aimé.

Et ce n’est pas la dernière souffrance de sa famille. En ramenant leur mère de l’hôpital, elle a eu un accident de voiture grave. Le frère et la sœur de Shahram ont été grièvement blessés et sa sœur a dû être hospitalisée dans un état critique, son cerveau ayant été touché. Après cette série d’évènements terribles, la nouvelle de sa peine de mort frapperait considérablement la famille et rendrait sa vie encore plus difficile.

Et cela alors que la peine de mort a été abolie dans la plupart des pays du monde et considérée comme inhumaine. Nous soussignés demandons aux amoureux de la liberté, aux organisations internationales et aux militants des droits humains de faire pression sur le gouvernement iranien pour qu’il cesse d’exécuter les prisonniers politiques en masse, et qu’il n’exécute pas Shahram, notre cher compatriote sunnite. 

Khaled Hardani, Shahrokh Zamani, Saïd Massouri, Saleh Kohandel, Afshin Heyratian, Mohammad Banazadeh-Amirkhizi, Misagh Yazdannejad, Hamid-Reza Borhani

Prison de Radjaï Shahr

Source : https://hra-news.org/en/articles/statement-eight-political-prisoners-support-shahram-ahmadi

dimanche 18 mai 2014

Appel des mères de Khavaran : « Plus jamais ça! » - Discours d’acceptation des Mères de Khavaran du prix Gwangjou des Droits Humains 2014



C’est avec joie que nous saisissons l’occasion qui nous est offerte de vous exprimer notre gratitude au nom de toutes les mères et de tous les membres des familles de Khavaran. Nous sommes vraiment ravies que, par cette récompense, notre appel à la reconnaissance des responsabilités puisse atteindre la communauté internationale.

Plus d’un quart de siècle s’est écoulé depuis le début de notre quête de reconnaissance de nos droits et d’accès à la vérité sur le sort de nos proches. Les oppresseurs n’ont pas ménagé leurs efforts pour augmenter nos souffrances. Ils nous menacent, nous convoquent et nous emprisonnent. Ils s’opposent avec force à tout effort de nous rassembler pour nous souvenir de nos proches, chez nous ou sur leurs tombes. Ils nous refusent l’entrée à Khavaran. Ils nous refusent le droit de mettre une fleur ou un signe sur leurs tombes anonymes. Malgré toutes ces expressions de violence et de persécution, nous ne vacillons pas dans notre quête de la vérité qui inaugurera le règne de la justice sur notre terre.

Pendant ces décennies, d’innombrables survivants ont été traités injustement à cause des idées et idéaux de leur enfants défunts, des tentatives de découvrir la vérité sur leur sort ou de commémorer leurs anniversaires. Certains ont été licenciés, d’autres interdits de sortie du territoire tandis que la plupart font face à un cycle perpétuel de privations socio-économiques dans le but de rabaisser et de déshumaniser ces personnes lésées.

Durant la première décennie de la république islamique, les vies précieuses de nos proches ont été fauchées par l’exécution, l’assassinat ou la torture jusqu’à la mort. Les autorités nous ont refusé le droit de récupérer leurs dépouilles et d’observer les rites des morts ; au lieu de ça, ils les ont enterrés sans cérémonie, sans avoir l’humanité d’informer un seul survivant.

Khavaran est situé au sud-est de Téhéran ; c’est une annexe d’un cimetière où les non-musulmans sont forcés d’enterrer leurs morts. Il est connu sous le nom de Lanatabad (résidence des damnés). Il a été créé en 1981 quand les premiers contingents de militants politiques communistes ont été mis à mort. Très vite, d’autres militants de gauche ont subi le même sort. Aucune des personnes enterrées n’a été accompagnée de ses proches. Ce sont les fonctionnaires qui les ont jetés secrètement dans des tombes individuelles ou collectives. 

C’est ainsi qu’ont commencé les années d’oppression pour les Mères de Khavaran ; on nous a refusé le droit d’honorer nos morts. Mais nous avons malgré tout persisté, nous nous sommes rassemblées près des tombes et nous avons insisté pour trouver la vérité sur leur sort pour fonder une justice de compensation.

Mais Khavaran n’est pas le seul cimetière où des dissidents ont été enterrés clandestinement. D’en d’autres endroits de Téhéran, dans différentes provinces, il existe des cimetières similaires, anonymes et peut-être même encore ignorés à ce jour, où nos proches ont été enterrés sans nous en avertir, sans avertir leurs familles ; et pendant tout ce temps, le gouvernement a harcelé les survivants parce qu’ils demandaient pourquoi et comment ils avaient été mis à mort. Tous font partie de nous et nous faisons partie d’eux. Ensemble nous sommes les Mères de Khavaran.

Sans nous occuper des dangers et des persécutions, nous avons saisi chaque occasion pour ouvrir nos maisons et nous souvenir de ceux dont les vies ont été ravies beaucoup trop tôt pour mettre fin à l’époque de la dénégation et pour contester la politique d’amnésie publique.

Maintes et maintes fois nous avons questionné notre gouvernement mais nous n’avons jamais reçu de réponse. Personne n’a osé faire la lumière sur comment et pourquoi ils ont été pris comme citoyens ou camarades partageant la même idéologie.

Nous en avons alors appelé au Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains en Iran. Malgré nos appels répétés, il ne s’est rien passé.

Nous ne cherchons pas à nous venger. Nous sommes opposées aux représailles même contre ceux dont les mains sont couvertes du sang de nos enfants. Ce que nous recherchons, c’est la justice. Ce que nous demandons c’est un tribunal transparent et juste qui jugera ouvertement les personnes impliquées dans ce crime contre l’humanité pour que les Iraniens s’unissent et adoptent cet appel « plus jamais ça ! »

Pour la plupart, nous sommes âgées et fragiles. D’autres sont parties de ce monde depuis longtemps. Mais la vérité reste : jusqu’à notre dernier souffle nous demanderons justice en l’honneur de ceux qui reposent en paix à Khavaran. Jusqu’à notre dernier souffle nous ferons tout notre possible pour construire une société où chaque enfant, chaque femme et chaque homme sera libre de croire, de vivre et de progresser.

Source : http://justice4iran.org/english/publication/articles/mothers-of-khavarans-call-of-never-again/