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mardi 12 avril 2011

Les exécutions publiques : une reproduction de la violence - Mojtaba Samienejad


La violence appelle la violence, qu’un gouvernement l’exerce sur son propre peuple ou sur un pays étranger, et même si elle exercée par un individu sur un autre. Il peut y avoir beaucoup de causes différentes à la genèse de la violence dans une société, des causes politiques, économiques, culturelles, traditionnelles ou religieuses entre autres.

« L’environnement » et tout ce qui le compose a une grande influence sur la violence, d’après plusieurs savants, que la violence sur l’être humain soit « innée » ou « acquise »

Nous avons été témoins de l’exécution d’un homme surnommé « l’assassin de Sadat-Abad ». Le 28 octobre, Yaghoub aurait blessé Mohammad-Réza (la victime) avec un couteau devant plusieurs personnes dont des policiers, et l’aurait laissé mourir devant tout le monde.

L’enregistrement de l’incident, qui a généré beaucoup de controverses, révèle des scènes beaucoup plus effrayantes que le meurtre en lui-même. Naturellement, les gens sur place, surtout les forces de l’ordre « auraient du » sauver la vie de la victime ce qui, si l’on regarde le nombre de spectateurs et de forces de police présents, ne semble pas relever de l’exploit. Les gens se sont justifiés en prétendant que le meurtrier avait menacé de se suicider si quiconque tentait de sauver la victime, bien que, d’après les lois naturelles et la loi, sauver la victime aurait du être considéré comme prioritaire.

Cet incident met en lumière la tolérance élevée de la société pour la violence ; une société en « résumé » était présente sur la scène du crime ; ni les badauds sur le trottoir, ni les forces de l’ordre, dont c’est pourtant le devoir, n’ont tenté de faire cesser cette violence patente. Le dossier a été bouclé en deux mois et l’assassin condamné à mort. Ce qui s’est passé le 28 octobre n’était que « folie soudaine » ou « pressions psychologiques » et/ou « émotion » et tout ceci a été systématiquement reproduit le 5 janvier.
Ce qui s’est passé à Sadat-Abad de Karadj était une reproduction de l’incident du 28 octobre, sauf que le public était plus discipliné et que les acteurs avaient un rôle plus important. A la place du couteau, une potence ; le meurtrier a changé de visage : c’est maintenant une personne chargée de faire respecter l’ordre ; le public et la police ne se contentent plus de regarder, ils applaudissent maintenant. Le public, armé de pancartes et de slogans sanctifie la violence, celle même à laquelle il avait assisté deux mois plus tôt et il considère que sa présence est nécessaire à la société. Les forces de police ont fourni au meurtrier « paix, ordre et sécurité » ; elles sont maintenant louées par ceux–là même qui les avaient critiquées auparavant.

Et cette fois-ci, non seulement le meurtrier n’est pas poursuivi, mais il est soutenu et encouragé par les spectateurs, ce qui lui fait penser que la violence terrible commise il y a deux mois était juste.

La violence du 6 octobre n’est pas différente de celle du 5 janvier ; à ces deux dates il y a eu un incident ; et ce que cette violence implique est similaire dans les deux cas ; la seule différence, c’est que l’incident du 6 octobre a été condamné et haï tandis que celui du 5 janvier a été très bien accueilli. La violence est tellement répandue en Iran que les Iraniens la rencontrent partout : à leur domicile, au travail et dans toutes les rues de la ville. Ils affrontent si souvent des scènes épouvantables qu’ils en oublient que ce qu’ils voient est une violence. Peu importe que la violence soit innée ou acquise, elle est perpétuellement « mise en œuvre » ou même « renforcée ».

La violence existe dans tous les aspects de la vie iranienne, que ce soit la violence contre les femmes, qu’elle soit légale, publique ou traditionnelle, la violence contre les enfants, violence contre les personnes, qu’elle provienne du gouvernement ou d’autres personnes.

On a souvent entendu dire que la violence engendrait la violence, mais la violence sous-produit d’une autre violence est trop souvent considérée comme moins néfaste que la violence originelle ; en d’autres termes, elle ne dégoûte pas autant et devient presqu’une habitude.

La république islamique joue sur les deux tableaux ; elle crée la violence et la reproduit. Les exécutions publiques sont la cause même de la reproduction de la violence, ce qui fait que les condamnations à mort ne sont pratiquement plus condamnées par l’opinion ; la mise en œuvre est condamnée et elle est bien sûr désastreuse. Le but des exécutions publiques est de « faire des exemples », mais en fait, elles produisent ce qui s’est passé hier : une foule accourant pour soutenir la violence.

Il faut donc s’élever contre la création de la violence et sa reproduction. Bien sûr, la violence ne sera jamais totalement éliminée de la société, mais on se doit de la réduire à un niveau minimal. La violence contre les femmes peut entraîner la violence contre les enfants et être reproduite de façons différentes et cette violence reproduite peut émerger sous la forme d’un meurtre. Il faut que la société en prenne conscience et fasse tout ce qui est en son pouvoir pour en protéger les plus vulnérables, ceux qui la rencontreront très tôt dans leur vie ; ainsi la société pourra tant soit peu contenir les formes de violence semblables à celles dont cette exécution est un exemple.

Un ami a écrit : « Bien sûr les exécutions publiques sont mauvaises et ne devraient pas avoir lieu, mais la publication des photos et vidéos de ces exécutions ne sont pas meilleures. » Nous pourrions peut-être commencer par là.

Source : http://www.rahana.org/en/?p=9183

jeudi 20 mai 2010

Majid Tavakoli: "Pour celui qui était un peuple à lui tout seul"

Mardi 11 Mai 2010 (21 Ordibehesht 1389)
Majid Tavakoli
Prison d’Evin



Pour celui qui était un peuple à lui tout seul
A la mémoire de Farzad, Ali et Farhad


Par cette lettre, Majid Tavakoli, militant étudiant emprisonné, a voulu honorer la mémoire de Farzad Kamangar, Ali Heidarian et Farhad Vakili [exécutés par pendaison à l’aube du dimanche 9 mai 2010 dans la prison d’Evin].


On avait annoncé qu’Ali devait être transféré au 209 [quartier 209 de la prison d’Evin réservé aux détenus politiques]. Les téléphones de la salle commune étaient coupés. Je suis allé vers la salle commune de notre quartier, mais ici aussi les téléphones étaient coupés. Quand je suis revenu à l’étage, Farzad m’a dit qu’on lui avait annoncé que lui aussi devait être transféré au 209 (c’était un mensonge, ils ont été transférés au 240). Ce transfert dans l’après-midi du samedi (8 Mai) nous avait tous inquiété. En général, le transfert de prisonniers pour des exécutions a lieu le samedi après-midi. Nous étions tétanisés par l’inquiétude mais Farzad disait : "C’est rien. Ils veulent nous poser quelques questions je suppose". Il savait mais il avait comme toujours un tel moral qu’il n’en laissait rien transparaître. C’était à peine croyable. On était ensemble à la bibliothèque quelques minutes auparavant. Ali aussi, qui avait dû arrêter son match de volley, s’était lavé le visage et se préparait. C’était très difficile et douloureux à vivre. Normalement, tous les jours à cette heure-là, après le sport, Ali venait pour qu’on fasse de la physique ensemble. Il voulait passer les quelques matières qui lui manquaient pour son baccalauréat en juin puis préparer le concours [d’entrée à l’université]. Avec un tel moral, personne ne pouvait croire qu’il était condamné à mort. Même si, pour Ali, on pouvait comprendre, pour Farzad, c’était encore plus incroyable. Lui aussi préparait le concours [d’entrée à l’université]. L’histoire de ses fiançailles et de son mariage était toute aussi incroyable. Face au moral et à l’énergie de la jeune fille qui avait accepté d’épouser un condamné à mort, un sentiment d’humilité s’était emparé de tout mon être. Ce n’était pas la première fois que je voyais ces amis dans un tel état d’esprit. Durant l’été 2007 j’avais rencontré ces amis au quartier 209 d’Evin [Majid a en effet été emprisonné auparavant]. La première personne que j’ai rencontrée après ma mise à l'isolement était Farhad. Il parlait de Ghandil. Les dessins de son petit garçon et sa volonté de fer étaient un véritable soutien pour nous tous. Peu de temps après, j’ai aussi rencontré Ali et Farzad. Ali était d’un calme à toute épreuve. Il nous calmait. Et Farzad était un véritable pilier pour nous. Un peuple à lui tout seul et debout. Toujours souriant et plein d’espoir face aux difficultés, même dans les moments de larmes et de sang, lors des interrogatoires et à l’énoncé des verdicts injustes du tribunal révolutionnaire…. J’ai continué à le voir pendant toutes ces journées. Lorsqu’il est arrivé à Evin en provenance de la monstrueuse prison de Sanandaj pour la deuxième fois, il portait une minerve, avait l’épaule luxée et les dents brisées mais sa volonté et sa détermination s’en étaient encore accrues. Sa présence, même quelques jours, nous incitait, avec d’autres amis, à trouver à tout prix des excuses pour le rencontrer comme l’an dernier, lorsque Ali et Farzad avaient été transférés de [la prison de] Rajai-Shahr au [quartier] 240 [de la prison d’Evin] pour être pendus. Ils étaient à l’isolement dans l’attente de l’heure du bourreau, 4 heures du matin, j’étais en grève de la faim et très affaibli, je savais pourquoi on les avait emmenés et je me sentais totalement impuissant, Farzad tentait de me remonter le moral et disant que tout allait bien se passer, et Ali était d’un calme absolu face à tant d’épreuves.

Quand j’étais libre, les conversations avec Farzad me remontaient le moral et quand j’étais à l’isolement, sa voix chaleureuse ne laissait jamais ma mère seule. C’est là que j’ai compris que, même dans les pires conditions, un être humain peut réaliser de grandes choses.

… et ils ont tué mon frère aîné. Un frère kurde que j’aimais amoureusement. Mon frère et mon maître. Un maître pour nous enseigner la résistance, un maître pour tous les enfants d’Iran. Ces jours où il m’a montré comment résister contre les pires tortures et les accusations les plus grotesques, j’ai en fait appris que l’acquis le plus précieux d’un individu face à l’adversité, ce sont ses convictions. J’ai appris qu’on pouvait mourir plusieurs fois dans une salle d’interrogatoire et dans les étouffantes cellules d’isolement sans renier ses croyances. Il était mon maître. Un maître qui m’a enseigné qu’il était possible d’être toujours souriant et de porter un regard humain sur tous les humains, quelques soient les différences et les divergences. Et maintenant, il est parti. Alors qu’il ne voulait même pas dire au revoir, qu’il disait qu’il allait me voir le lendemain. Il ne m’a pas laissé l’embrasser, le serrer dans mes bras. Il m’a juste dit : "je te verrai demain". Je sais pertinemment qu’il a avancé d’un pas ferme et décidé, en harmonie avec celui de ses amis, pour s’approcher du lieu d’exécution. Il avait promis à maintes reprises qu’il ne laisserait jamais le clan des tyrans haineux retirer le tabouret de sous ses pieds. Il avait promis qu’il donnerait lui-même le dernier coup au tabouret. Il ne voulait pas laisser les mains odieuses de la tyrannie lui ôter la vie et je sais qu’il a tenu sa promesse. Je sais qu’il a même souri à la mort. Un sourire qui est devenu un cri pour nous rappeler qu’un monument nous avait quitté pour devenir éternel.

Il est parti, tout comme ses autres amis innocents, mais leur souvenir restera à jamais. Il est parti la tête haute pour devenir un maître éternel. Un maître éternel ayant marqué à jamais l’histoire de la résistance. Un véritable monument d’espoir, un soutien moral considérable pour tous ceux en quête de liberté. Il n’est plus là pour que l’on ressasse ensemble les bons souvenirs du passé. Quand le ministère du renseignement a dû s’agenouiller devant le moral de toute une génération. Un ministère qui a dû lamentablement reconnaître le fait qu’il avait demandé à Farzad, lors de ses retours au quartier 209, de ne pas refaire ce qui s’était passé au 209 pendant l’été 2007. Ils avaient muré notre cour de promenade et supprimé la boite aux lettres! Ils avaient apparemment réussi à la fin de cet été à empêcher les prisonniers de chanter en choeur. Mais Farzad avait encore souri pour signifier que nous allions nous tenir debout et résister pour toujours.

… et à présent ils ont emmené les otages pour dire qu’ils étaient fatigués de la résistance de tels prisonniers. Pour dire que tout le pouvoir de la tyrannie n’est rien face à la détermination et à la volonté des enfants de Kurdistan. Pour dire qu’ils ne pouvaient plus supporter de voir en vie le symbole de leur échec. Farzad racontait que son interrogateur lui avait un jour dit: "vous vous moquez bien de nos gueules quand vous étudiez en prison ou vous voulez vous marier". Cet esprit de combat de Farzad, d’Ali et de Farhad était vraiment unique. Aujourd’hui, je porte le deuil de ces amis qui n’étaient pas que quelques "personnes" : Farzad, un peuple à lui tout seul, Ali grand et amical et enfin Farhad, déterminé et fort comme une montagne. Dans les moments difficiles et malgré les instructions lui imposant de se tenir à l’écart des autres prisonniers politiques, la présence de Farzad à la section 7 me redonnait de l’espoir. L’excuse de la bibliothèque, me permettait de passer ne serait-ce que quelques heures en compagnie de ce monument qu’était Farzad, et cela me suffisait.

Farzad est parti ayant confiance en l’avenir, il était cependant frustré de voir ces luttes de clans et ces personnes qui voulaient tout confisquer à leur profit. Ces derniers jours, il écrivait un texte qui s’intitulait "Je suis un Iranien, Je suis un Kurde Iranien".

(à suivre, traduction incomplète)

Texte en Anglais
 

mercredi 19 mai 2010

"Une génération détruite" de Farzad Kamangar


Oh tempête, range ta hache rouillée
Une jonquille veut fleurir
Un enfant veut aller dormir.
Oh fusils ! Silence, plus de bruit

Chère Madame …

Bonjour,
 
Vous me dites avoir aimé la lettre intitulée « Papa a donné de l’eau »* qui correspondrait à votre mentalité et votre état d’esprit. Pour être honnête, je l’ai écrite du fond du cœur pour mes élèves et ma propre enfance. J’ai couché mes rêves et mes aspirations sur papier. Mon enfance a eu une grande influence sur tous les aspects de nos vies.

Je ne me souviens d’aucun poème de mon enfance. On ne nous a jamais appris de poème. Je n’ai compris qu’après mes trente ans que j’aurais du recevoir un ballon de foot de mon père et j’ai du étendre les jambes pour que ma mère me chante une comptine. C’aurait été à nos instituteurs de nous apprendre à écrire des poèmes pour le soleil et le ciel. Nous aurions du mieux grandir avec les arbres. Nous aurions dû flotter au fil des rivières. Nous aurions dû voler dans le ciel avec les papillons…Nous aurions dû, nous aurions dû…

Au lieu de ça, la musique pour nous c’était les marches militaires, les poèmes des stands de tir et nous ne regardions pas le ciel par peur des hélicoptères de combat. C’est après mes trente ans que je ne connaissais aucun conte enfantin. Je ne savais pas que les enfants s’assoient et écoutent leurs grands-parents leur raconter les histoires du lapin courageux et du vilain petit canard avant d’aller se coucher. Je ne savais pas que les enfants devraient vivre et grandir avec leurs rêves. La fin de nos histoires c’était le décompte des morts dans les montagnes ou le rapport des heures de combat.
 
Croyez-moi, ils ne nous ont pas laisser être des enfants. C’est peut-être pourquoi, à l’âge de trente ans et quelques, j’aime toujours jouer à des jeux d’enfants. C’est peut-être pourquoi j’aime jouer avec les enfants et j’espère pouvoir encore le faire…
 
Ils ont volé à notre génération ses jeux, sa joie et son bonheur, c’est pourquoi je ne me rappelle rien de mon enfance. Vous allez me dire, si l’on retire de votre poème les manifestations, les cris et l’amour, qu’en restera-t-il ? Si l’on retire le printemps de la nature et la lune et les étoiles de la nuit, que deviendront-elles ?
Et dites-moi, si l’on retire son enfance que reste-t-il de cette personne ?

Chère …, à l’adolescence, au lieu de lire de la science-fiction, nous recherchions les statuts de certains partis politiques ou les méthodes de lutte armée. Nos cours parlaient d’histoire de la religion.

Chère …, mon enfance a débuté avec l’odeur du plomb, des balles et des coups de feu. Il ne reste rien de notre beau village et de toutes ses sources, rien que des ruines entourées de montagnes.

Mes souvenirs du village remontent à l’évènement suivant, je ne me souviens de rien avant.

Un jour, nous avons vu des jeunes armés envahirent notre village par toutes ses rues. C’était la première fois que je voyais un fusil. La première fois que j’ai vu une balle j’ai ressenti une peur étrange. Il n’était pas possible de compter les sources autour du village, ce que j’avais toujours voulu faire. Pas le temps d’attacher la balançoire au noyer de notre cour. Pas le temps de ramasser les mûres du mûrier derrière l’école. Plus le temps de ramasser les fleurs sauvages.

Notre seule loisir c’était de voir les blessés et les morts rapportés au village, d’écouter les sanglots des mères qui apprenaient la mort de leurs enfants et qui erraient de village en ville pour échouer chez nous. Des sanglots, des cris, du sang, l’odeur de la poudre, les psalmodies de « vive » et « mort à » avaient rempli l’espace de notre village et saturé notre enfance.

Un jour, on avait placé un jeune blessé sous un mûrier. Il n’y avait personne avec lui. Je m’approchais craintivement pour voir un jeune blessé. Il me demanda de l’eau. Ignorant que l’eau pouvait être dangereuse dans son état, je courus lui chercher un bol d’eau. Soudain, un de ses camarades se mit à me crier dessus. Je laissais tomber le bol d’eau et commençait à pleurer. Je me tournais vers Ebrahim, le jeune blessé, il souriait. Je n’ai pas compris la signification de ce sourire ce jour-là, mais depuis, l’image de son sourire me revient, même dans mes rêves. L’image ne me quitte pas. Peut-être se souvenait-il de sa propre enfance en me regardant. Depuis lors, j’ai regardé les enfants de notre terre avec envie et une boule dans la gorge. Je leur ai souri pour dépeindre ma propre enfance et leur futur.

Chère …, le jour où nous avons quitté notre village, un autre groupe est arrivé avec des armes et des uniformes différents. Personne ne pensait à notre école. Tout le monde pensait à des armes plus puissantes. Nous n’avions pas d’autre choix que de quitter le village et d’aller en ville. Cependant, là-bas aussi, il y avait les sirènes des ambulances et les corps des jeunes tués apportés en ville pour y être exposés. Ces images ne laissaient aucun répit à notre enfance et à notre adolescence.
Chaque soir après l’école, depuis les collines à l’extérieur de la ville, je regardais brûler les fermes céréalières enflammées par les fusils et les canons. Je m’asseyais et je regardais les chênaies brûler. Nous n’avions pas le temps d’être des enfants.

Plus tard, je suis devenu instituteur pour ne pas avoir à quitter les enfants et le monde de l’enfance. Je suis retourné dans les villages des montagnes Shahou pour voir Shahou blessée de près et lui venir en aide. Les chênaies avaient repoussé. La montagne était calme mais elle portait encore les souvenirs et les cicatrices de la profonde blessure subie.

La vie continuait. J’allais en classe avec passion et enthousiasme. Mais la pauvreté de la population, le chômage, les chaussures déchirées et les vêtements fatigués de mes élèves me préoccupaient. Je mourais mille fois dans la journée quand je regardais leurs visages douloureux. Je ne voulais pourtant pas porter témoignage de la mort des rêves de ces enfants.
 
Instituteur dans le couloir de la mort, Farzad Kamangar
Prison d'Evin
Mai 2010
 
*Baba Ab dad (littéralement, "papa donne de l'eau") est l'une des toutes premières phrases que les écoliers iraniens apprennent à lire et à écrire.

Texte traduit par Marthe Gonthier

Lire également:


Farzad Kamangar: Mais la nuit douloureuse déborde d’étoiles

Chaque nuit, une étoile est abattue.

Mais la nuit douloureuse déborde d’étoiles.

Salut camarade. Comment te dépeindre ? Comment visualiser le crime dont on t’a accusé ?

Dois-je t’imaginer en jeune homme frêle sur la potence, souriant au soleil florissant, ou en enfant des quartiers pauvres, pieds nus voulant annoncer aux tables du voisinage qui en manquent que le pain va arriver ?

Ou bien en jeune des quartiers riches ayant goûté la liberté et appris l’alphabet de l’injustice et de la douleur à l’école de la vie ?

Oh, attends, j’avais oublié que dans notre ville il n’y a ni quartiers riches ni quartiers pauvres, toute notre ville est pleine de souffrances et de tristesse.

Alors dis-moi, camarade,

Je veux te décrire en Siamand (1), qui s’habille pour son mariage.

Comment ? Je veux savoir comment me souvenir de toi.

Comme un jeune homme qui a pris la route de Shahou aux noyers brûlés pour rejoindre la caravane en route pour le pays du soleil.

Mais rien de tout cela n’est un crime.

Quelle que soit l’amertume d’appartenir à cette nation, lui tourner le dos serait indigne.

Alors, tu ne t’es pas détourné du peuple, sur la potence, tu avais la tête haute.

Repose en paix, camarade, tu sais que la mort d’une étoile est le prélude au lever du soleil, et le cauchemar de cette nation affrontée chaque nuit à la potence mortelle ne peut signifier que la naissance d’un autre enfant au pied de la chaîne du Zagros, un enfant né pour être rebelle.

Que ton corps se mêle à la terre dans la paix et la solitude. Embrasse la terre, car demain, tu en sortiras épanoui.

Endors-toi sans la berceuse de ta mère, sans les adieux de ta sœur et sans voir les larmes de ton père, repose en paix dans une terre où Ebrahim, Nader et Kioumars reposent déjà.

Mais dis-moi, camarade, je voudrais savoir ce que furent tes derniers mots quand le bruit des pas se mêla à celui de la souffrance.

Je voudrais savoir quel poème, quel chant, quel nom je devrai chanter afin que mes genoux ne s’entrechoquent pas lorsque mon tour viendra.

Apprends-moi comment affermir mon cœur pour l’instant suprême, où je verrai toute ma vie se dérouler.

Adieu, camarade,

Farzad Kamangar,
Prison d’Evine

1. Siamand est le héros d’une épopée kurde dont le sujet principal est l’amour et intitulé Siamand et Khadj

Lire aussi:

Lettre de Farzad Kamangar, Enseignant emprisonné condamné à mort

Farzad Kamangar: « Soyez forts, camarades »

Lettre de Farzad Kamangar depuis la prison d’Evine

 

mardi 11 mai 2010

Farzad Kamangar: « Soyez forts, camarades »

Farzad Kamangar, instituteur condamné à mort, a écrit une lettre aux autres instituteurs emprisonnés. La lettre suivante a été publiée par l’Agence de Presse des Militants des Droits Humains (HRANA).

« Soyez forts, camarades »

Il était une fois une maman poisson qui avait pondu 10.000 œufs. Seul un petit poisson noir avait survécu. Il vivait dans un ruisseau avec sa mère.

Un jour, le petit poisson dit à sa mère : « Je veux m’en aller d’ici. » Sa mère demanda : « Pour aller où ? » Le petit poisson répondit : « Je veux aller voir le bout du ruisseau. »

[Note du traducteur : Le Petit Poisson Noir est le titre d’une nouvelle pour enfants. L’histoire a été écrite en 1967 par l’instituteur dissident Samad Behrangui. Le livre a été interdit sous le régime du Shah. Il raconte l’histoire et les aventures d’un petit poisson noir qui n’observe pas les lois de sa communauté et part pour découvrir la mer. En chemin, il se bat courageusement contre des ennemis. Ce conte est un classique de la littérature iranienne de la résistance]

Salut, compagnons de cellule. Salut compagnons de souffrance !

Je vous connais bien : vous êtes l’instituteur, le voisin des étoiles de Khavaran*, les copains de classe de douzaines de personnes dont les écrits étaient en annexe de leurs procès, l’enseignant de ceux dont le crime était des pensées humaines. Je vous connais bien : vous êtes les collègues de Samad et d’Ali Khan. Vous vous rappelez bien de moi ?
[Note du traducteur : Khavaran est un cimetière à l’est de Téhéran où beaucoup d’opposants exécutés dans les années 80 ont été enterrés dans des fosses communes]

C’est moi, enchaîné à la prison d’Evine.

C’est moi, l’écolier tranquille, assis sur les bancs brisés de l’école, aspirant à voir la mer alors que je suis dans un village écolier du Kurdistan. C’est moi, qui, comme vous, a raconté les contes de Samad à ses écoliers, au cœur des montagnes de Shahou [au Kurdistan].

C’est moi qui aime reprendre le rôle du petit poisson noir.

C’est moi, votre camarade du couloir de la mort.

Maintenant, les vallées et les montagnes sont derrière lui et la rivière traverse une plaine. De gauche, de droite, d’autres rivières se sont jointes à elle et l’eau est maintenant abondante dans la rivière. Le petit poisson aime que l’eau soit abondante… le petit poisson voulait aller jusqu’au fond de la rivière. Il pouvait nager tout son soûl sans se cogner.

Soudain, il repéra un grand groupe de poissons, 10.000 et l’un d’entre eux dit au petit poisson noir : « Bienvenue dans la mer, camarade ! »

Chers collègues emprisonnés ! Est-il possible de s’asseoir derrière le même bureau que Samad, de regarder les enfants de ce pays dans les yeux et cependant de se taire ?

Peut-on enseigner et ne pas indiquer le chemin vers la violence aux petits poissons du pays ? Qu’importe qu’ils viennent d’Aras [rivière au nord-ouest de l’Iran en Azerbaïdjan], du Karoun [rivière au sud-ouest de l’Iran au Khouzestan],du Sirvan [rivière du Kurdistan] ou du Sarbaz Roud [rivière du Sistan-Baloutchistan] ? Qu’importe puisque la mer est notre destinée commune pour nous unir tous ? Le soleil est notre guide. Nous serons récompensés par la prison, d’accord !

Est-il possible de porter le lourd fardeau de l’enseignement, d’être responsable de semer les grines du savoir et de cependant se taire ? Est-il possible de voir les bouchées traverser la gorge des écoliers, d’être témoin de leurs visages émaciés et faméliques et de se tenir tranquille ?

Est-il possible de vivre cette année sans justice ni équité et de s’abstenir d’enseigner le E de l’Espoir, le E de l’Egalité, même si ces enseignements vous font atterrir à la prison d’Evine ou vous conduisent à la mort ?

Je ne peux concevoir enseigner au pays de Samad, de Khan Ali et d’Ezzati et ne pas rejoindre l’éternité de l’Aras*.Je ne peux concevoir être témoin de la douleur et de la pauvreté du peuple de cette terre et ne pas donner nos cœurs à la rivière et à la mer pour qu’elles rugissent et débordent.

[Note du traducteur : l’Aras est une rivière au nord-ouest de l’Iran formant la frontière avec l’Azerbaïdjan. Samad s’y est noyé l’été 1968. Certains ont considéré suspectes les circonstances de sa mort et ont accusé les agents du régime du Shah de sa mort]

Je sais qu’un jour cette route rude et inégale sera pavée pour les enseignants, et les souffrances que vous aurez endurées seront une marque d’honneur pour que chacun voit qu’un enseignant est un enseignant, même si son chemin est barré par le processus de sélection*, la prison et l’exécution. Le petit poisson noir, mais pas le héron, ont décerné cet honneur à l’enseignant.

[Note du traducteur : le processus de sélection ou Gozineh est destiné à écarter les enseignants et d’autres fonctionnaires sur les bases de leurs points de vue idéologies, politiques et religieux]

Le Petit Poisson nageait calmement dans la mer et pensait : Ce ne m’est pas difficile d’affronter la mort, ce n’est pas regrettable non plus.

Soudain, le héron plongea et attrapa le petit poisson.



Grand-mère Poisson finit son histoire et dit à ses 12.000 enfants et petits-enfants qu’il était l’heure de se coucher. 11.999 petits poissons lui souhaitèrent bonne nuit et allèrent au lit. La grand-mère aussi alla dormir.

Un petit poisson rouge n’arrivait pas à dormir. Ce poisson était perdu dans ses pensées.

Un enseignant du couloir de la mort, prison d’Evine.
Farzad Kamangar
Avril 2010


Explication de Farzad Kamangar sur le titre de sa lettre:
Il y a huit ans, la grand-mère de l’un de mes écoliers, Yassin, du village de Marab écoutait la cassette de l’histoire de l’enseignant Mamousta Ghoutabkhaneh. Elle me dit ensuite : « Je sais que ton sort, comme celui de l’enseignant qui a écrit et enregistré ce poème, c’est d’être exécuté ; mais sois fort camarade ». La grand-mère a prononcé ces paroles tout en tirant sur sa cigarette et en regardant les montagnes.
Version anglaise et persane: http://persian2english.com/?p=9881

 

Lettre de Farzad Kamangar, Enseignant emprisonné condamné à mort

Farzad Kamangar
Prison d’Evine, 10 avril 2010

Le but de cette lettre n’est pas de souligner les problèmes des Kurdes et de nier les inégalités existant parmi les Baloutches, les Turcs, les Persans et les Arabes. En étant sympathiques avec eux, en se comportant en camarades, on les considère comme des minorités religieuses ou ethniques et on reconnaît ainsi leurs souffrances. Nous aussi faisons partie du peuple.

L’histoire kurde, c’est l’histoire d’une femme qui n’obtient dans son mariage qu’insultes et coups. Quand on demande à son mari : « Vous ne payez pas vraiment ses dépenses, et vous ne lui donnez aucune preuve d’amour, alors pourquoi la battre et l’humilier quotidiennement ? » Il répond : « Si je ne le fais pas, comment savoir que je suis son mari ? »

Notre histoire maintenant. Dans le discours politique iranien général, les mots Kurdes et Kurdistan signifient malheureusement séparatisme et ont des connotations antirévolutionnaire et contraire à la sécurité régionale, comme si les mots Kurdes et Kurdistan étaient des invités non désirés et n’avaient aucune affinité avec l’Iran.
La province du Kurdistan est devenue la base de certains malheurs. Le peuple kurde est privé de beaucoup de droits de base, économique, social et culturel. Le sous-développement historique de la province a produit la pauvreté, le chômage et la désillusion du peuple kurde.

Bien que les Kurdes, patriotes et aimables, aient opté pour une vie paisible en Iran de façon récurrente et n’aient revendiqué que leurs droits de base, la réponse à leurs demandes légitimes a été l’accroissement des incarcérations politiques et civiles, l’exil et les exécutions. C’est le résultat de la perception négatives et des préjugés habituels contre le peuple kurde.

La présence de minorités ethniques et raciales en Iran et dans le reste du monde n’est pas un nouveau phénomène. La pluralité ethnique, raciale et culturelle dans la société est une arme à double tranchant. Quand une région se développe et que des relations justes et égalitaires existent dans la société, la cohabitation des diverses ethnies n’est, non seulement pas problématique, c’est un enrichissement culturel pour cette société. Elle augment la tolérance et réduit les dogmes culturelles et l’étroitesse d’esprit de la société. Aujourd’hui, à l’heure de la globalisation, où beaucoup de sociétés se sentent menacées par l’ombre de monotonie culturelle, le multiculturalisme est un don qui doit être protégé et chéri.

Dans le même temps, quand les dirigeants d’une société ne prêtent pas attention aux besoins et droits légitimes des minorités, il est inévitable qu’il y ait des conséquences importantes. L’un des droits de base auquel tous les Iraniens, Kurdes ou pas, ont droit, c’est la citoyenneté. C’est un droit qui s’oppose à l’isolement et à l’exclusion, deux sentiments qui proviennent de l’influence des réalités tangibles de la vie quotidienne, de la pauvreté à la lueur qui s’éteint dans les yeux d’un enfant famélique, depuis le père embarrassé par ses poches vides à la table vide du dîner familial, jusqu’aux joues pâles et au regard miséreux d’une mère.

L’isolement vient d’une approche centralisatrice et sépare les problèmes et les besoins du peuple kurde (la population marginale) de ceux des populations des régions centrales.

Bien sûr, les sentiments d’exclusion, d’isolement et d’aliénation ne se limitent pas aux minorités ethniques quand le sous-développement et la mauvaise gestion dominent la société. Ces sentiments affectent plus ou moins tous les membres de la société. Mais, en raison des inégalités structurelles, ils ont des implications plus profondes pour les minorités.

Le sentiment d’isolement donne, dans tous les groupes, de la tension et des troubles, particulièrement en cas de pauvreté culturelle, conséquence de la pauvreté économique. Pour une fois, pourquoi ne pas oublier l’approche sécuritaire pour s’occuper des problèmes basiques du peuple ? On pourrait ainsi résoudre les problèmes une fois pour toutes. Mais il y a d’autres problèmes.

N’existe-t-il pas d’autre solution civique pour combattre la contrebande que de tirer ou de tuer ? Si les besoins financiers personnels de base sont remplis, un jeune risquerait-il sa vie pour passer en contrebande une boîte de thé ou quelques rouleaux de tissu ? Suivant la même politique aux critères doubles, l’approche sécuritaire mise en œuvre contre les prisonniers politiques et civils kurdes est sévère.
[Note du traducteur : l’une des seules sources de revenus de la population kurde frontalière et la contrebande et la revente de produits en Iran. Les forces de sécurité et les militaires tirent, blessent et tuent chaque année beaucoup de pauvres]

Les Kurdes doivent-ils continuer à porter l’étiquette de minorité ethnique même en prison, même dans les châtiments, ressentir les sentiments sombres d’isolement et d’exclusion ? Y a-t-il vraiment une différence entre un prisonnier kurde et un non kurde pour que le premier soit privé de beaucoup de droits reconnus par la loi comme l’accès à un avocat, la libération conditionnelle, la réduction de peine, l’amnistie ou la liberté ? Pourquoi, alors que la clémence a fait son apparition pour les prisonniers politiques de Téhéran et de quelques autres grandes villes (c’est-à-dire qu’ils sont libérés, ce qui est une source de grande joie et je souhaite que cela continue) l’attitude dure et stricte envers les prisonniers kurdes persiste-t-elle ? Au lieu d’essayer de résoudre les problèmes, la politique générale continue de tourner autour de la répression et des exécutions.
Malheureusement, certains utilisent la situation géographique de la province du Kurdistan comme prétexte pour justifier l’approche sécuritaire. Le régime continue la pression et la répression des prisonniers politiques et civils. Il exécute à l’occasion des prisonniers qui sont essentiellement des otages et des boucs émissaires plus que des prisonniers purgeant une peine pour un crime commis.

Combien de temps cette vue sécuritaire perdurera-t-elle alors qu’elle a causé malheurs et divergences dans la jeunesse kurde ?

La population kurde victime a choisi la méthode la plus raisonnable pour résoudre ses problèmes : une vie non-violente. L’approche sécuritaire des Kurdes et du Kurdistan ne sous-entend-elle pas que le peuple kurde est séparé de l’Iran et des Iraniens et doivent donc être traités comme des non Iraniens ? Je souhaite vraiment que cela cesse sinon, cela produira de la violence, une conséquence qu’aucun esprit sain ne vent accepter.
J’espère la fin du traitement [discriminatoire] des prisonniers kurdes. En traitant de la même façon tous les prisonniers, on avancera (même si ce n’est qu’un petit pas) dans la résolution des problèmes de la région. Je souhaite que l’histoire des Kurdes ne ressemblera pas à celle de la femme dont le mariage se résume aux maltraitances quotidiennes que son mari lui inflige.
 
Farzad Kamangar
Prison d’Evine, 10 avril 2010

Publié par: HRANA (Human Rights Activists News Agency)

vendredi 29 janvier 2010

Pour Arash et Mohammad Reza

Pour Arash et Mohammad Reza, des anges de liberté et d'innocence, lâchement assassinés hier à l'aube, pendus par un régime effrayé à l'idée de voir déferler des millions de manifestants le 11 Février (22 Bahman). Neuf autres prisonniers sont en très grand danger d'exécution.

Arash et Mohammad Reza, arrêtés avant l'élection du 12 Juin 2009, sont condamnés "pour avoir organisé et participé aux émeutes postélectorales". Ces accusations sont absurdes. La mise en scène de leurs aveux obtenus sous la torture dans des procès staliniens a finalement abouti à leur exécution sommaire. Leurs familles et leurs avocats ignoraient tout du processus en cours.

Au nom de ces vies et de ces familles brisées, au nom de ces mères et pères dévastés par la douleur,  au nom d'un pays meurtri par 3 décennies de dictature totale, nous jurons que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour faire tomber ce régime. C'est le combat de notre vie.  




dimanche 27 décembre 2009

Sirjan: l'horreur en public

Depuis plusieurs jours, nous ne trouvons pas de mots pour dire l'horreur vécue à Sirjan ou deux condamnés à mort devaient être exécutés en public. Il y a des choses impossibles à voir, à lire et à écrire. Ces images ultra violentes qui défilent sous nos yeux, ces cris que l'on devine, ces vies brisées...

Nous détestons le voyeurisme mais publier ces images et les récits associés est très important pour que le monde entier sache.