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jeudi 20 mai 2010

Majid Tavakoli: "Pour celui qui était un peuple à lui tout seul"

Mardi 11 Mai 2010 (21 Ordibehesht 1389)
Majid Tavakoli
Prison d’Evin



Pour celui qui était un peuple à lui tout seul
A la mémoire de Farzad, Ali et Farhad


Par cette lettre, Majid Tavakoli, militant étudiant emprisonné, a voulu honorer la mémoire de Farzad Kamangar, Ali Heidarian et Farhad Vakili [exécutés par pendaison à l’aube du dimanche 9 mai 2010 dans la prison d’Evin].


On avait annoncé qu’Ali devait être transféré au 209 [quartier 209 de la prison d’Evin réservé aux détenus politiques]. Les téléphones de la salle commune étaient coupés. Je suis allé vers la salle commune de notre quartier, mais ici aussi les téléphones étaient coupés. Quand je suis revenu à l’étage, Farzad m’a dit qu’on lui avait annoncé que lui aussi devait être transféré au 209 (c’était un mensonge, ils ont été transférés au 240). Ce transfert dans l’après-midi du samedi (8 Mai) nous avait tous inquiété. En général, le transfert de prisonniers pour des exécutions a lieu le samedi après-midi. Nous étions tétanisés par l’inquiétude mais Farzad disait : "C’est rien. Ils veulent nous poser quelques questions je suppose". Il savait mais il avait comme toujours un tel moral qu’il n’en laissait rien transparaître. C’était à peine croyable. On était ensemble à la bibliothèque quelques minutes auparavant. Ali aussi, qui avait dû arrêter son match de volley, s’était lavé le visage et se préparait. C’était très difficile et douloureux à vivre. Normalement, tous les jours à cette heure-là, après le sport, Ali venait pour qu’on fasse de la physique ensemble. Il voulait passer les quelques matières qui lui manquaient pour son baccalauréat en juin puis préparer le concours [d’entrée à l’université]. Avec un tel moral, personne ne pouvait croire qu’il était condamné à mort. Même si, pour Ali, on pouvait comprendre, pour Farzad, c’était encore plus incroyable. Lui aussi préparait le concours [d’entrée à l’université]. L’histoire de ses fiançailles et de son mariage était toute aussi incroyable. Face au moral et à l’énergie de la jeune fille qui avait accepté d’épouser un condamné à mort, un sentiment d’humilité s’était emparé de tout mon être. Ce n’était pas la première fois que je voyais ces amis dans un tel état d’esprit. Durant l’été 2007 j’avais rencontré ces amis au quartier 209 d’Evin [Majid a en effet été emprisonné auparavant]. La première personne que j’ai rencontrée après ma mise à l'isolement était Farhad. Il parlait de Ghandil. Les dessins de son petit garçon et sa volonté de fer étaient un véritable soutien pour nous tous. Peu de temps après, j’ai aussi rencontré Ali et Farzad. Ali était d’un calme à toute épreuve. Il nous calmait. Et Farzad était un véritable pilier pour nous. Un peuple à lui tout seul et debout. Toujours souriant et plein d’espoir face aux difficultés, même dans les moments de larmes et de sang, lors des interrogatoires et à l’énoncé des verdicts injustes du tribunal révolutionnaire…. J’ai continué à le voir pendant toutes ces journées. Lorsqu’il est arrivé à Evin en provenance de la monstrueuse prison de Sanandaj pour la deuxième fois, il portait une minerve, avait l’épaule luxée et les dents brisées mais sa volonté et sa détermination s’en étaient encore accrues. Sa présence, même quelques jours, nous incitait, avec d’autres amis, à trouver à tout prix des excuses pour le rencontrer comme l’an dernier, lorsque Ali et Farzad avaient été transférés de [la prison de] Rajai-Shahr au [quartier] 240 [de la prison d’Evin] pour être pendus. Ils étaient à l’isolement dans l’attente de l’heure du bourreau, 4 heures du matin, j’étais en grève de la faim et très affaibli, je savais pourquoi on les avait emmenés et je me sentais totalement impuissant, Farzad tentait de me remonter le moral et disant que tout allait bien se passer, et Ali était d’un calme absolu face à tant d’épreuves.

Quand j’étais libre, les conversations avec Farzad me remontaient le moral et quand j’étais à l’isolement, sa voix chaleureuse ne laissait jamais ma mère seule. C’est là que j’ai compris que, même dans les pires conditions, un être humain peut réaliser de grandes choses.

… et ils ont tué mon frère aîné. Un frère kurde que j’aimais amoureusement. Mon frère et mon maître. Un maître pour nous enseigner la résistance, un maître pour tous les enfants d’Iran. Ces jours où il m’a montré comment résister contre les pires tortures et les accusations les plus grotesques, j’ai en fait appris que l’acquis le plus précieux d’un individu face à l’adversité, ce sont ses convictions. J’ai appris qu’on pouvait mourir plusieurs fois dans une salle d’interrogatoire et dans les étouffantes cellules d’isolement sans renier ses croyances. Il était mon maître. Un maître qui m’a enseigné qu’il était possible d’être toujours souriant et de porter un regard humain sur tous les humains, quelques soient les différences et les divergences. Et maintenant, il est parti. Alors qu’il ne voulait même pas dire au revoir, qu’il disait qu’il allait me voir le lendemain. Il ne m’a pas laissé l’embrasser, le serrer dans mes bras. Il m’a juste dit : "je te verrai demain". Je sais pertinemment qu’il a avancé d’un pas ferme et décidé, en harmonie avec celui de ses amis, pour s’approcher du lieu d’exécution. Il avait promis à maintes reprises qu’il ne laisserait jamais le clan des tyrans haineux retirer le tabouret de sous ses pieds. Il avait promis qu’il donnerait lui-même le dernier coup au tabouret. Il ne voulait pas laisser les mains odieuses de la tyrannie lui ôter la vie et je sais qu’il a tenu sa promesse. Je sais qu’il a même souri à la mort. Un sourire qui est devenu un cri pour nous rappeler qu’un monument nous avait quitté pour devenir éternel.

Il est parti, tout comme ses autres amis innocents, mais leur souvenir restera à jamais. Il est parti la tête haute pour devenir un maître éternel. Un maître éternel ayant marqué à jamais l’histoire de la résistance. Un véritable monument d’espoir, un soutien moral considérable pour tous ceux en quête de liberté. Il n’est plus là pour que l’on ressasse ensemble les bons souvenirs du passé. Quand le ministère du renseignement a dû s’agenouiller devant le moral de toute une génération. Un ministère qui a dû lamentablement reconnaître le fait qu’il avait demandé à Farzad, lors de ses retours au quartier 209, de ne pas refaire ce qui s’était passé au 209 pendant l’été 2007. Ils avaient muré notre cour de promenade et supprimé la boite aux lettres! Ils avaient apparemment réussi à la fin de cet été à empêcher les prisonniers de chanter en choeur. Mais Farzad avait encore souri pour signifier que nous allions nous tenir debout et résister pour toujours.

… et à présent ils ont emmené les otages pour dire qu’ils étaient fatigués de la résistance de tels prisonniers. Pour dire que tout le pouvoir de la tyrannie n’est rien face à la détermination et à la volonté des enfants de Kurdistan. Pour dire qu’ils ne pouvaient plus supporter de voir en vie le symbole de leur échec. Farzad racontait que son interrogateur lui avait un jour dit: "vous vous moquez bien de nos gueules quand vous étudiez en prison ou vous voulez vous marier". Cet esprit de combat de Farzad, d’Ali et de Farhad était vraiment unique. Aujourd’hui, je porte le deuil de ces amis qui n’étaient pas que quelques "personnes" : Farzad, un peuple à lui tout seul, Ali grand et amical et enfin Farhad, déterminé et fort comme une montagne. Dans les moments difficiles et malgré les instructions lui imposant de se tenir à l’écart des autres prisonniers politiques, la présence de Farzad à la section 7 me redonnait de l’espoir. L’excuse de la bibliothèque, me permettait de passer ne serait-ce que quelques heures en compagnie de ce monument qu’était Farzad, et cela me suffisait.

Farzad est parti ayant confiance en l’avenir, il était cependant frustré de voir ces luttes de clans et ces personnes qui voulaient tout confisquer à leur profit. Ces derniers jours, il écrivait un texte qui s’intitulait "Je suis un Iranien, Je suis un Kurde Iranien".

(à suivre, traduction incomplète)

Texte en Anglais
 

mercredi 19 mai 2010

"Une génération détruite" de Farzad Kamangar


Oh tempête, range ta hache rouillée
Une jonquille veut fleurir
Un enfant veut aller dormir.
Oh fusils ! Silence, plus de bruit

Chère Madame …

Bonjour,
 
Vous me dites avoir aimé la lettre intitulée « Papa a donné de l’eau »* qui correspondrait à votre mentalité et votre état d’esprit. Pour être honnête, je l’ai écrite du fond du cœur pour mes élèves et ma propre enfance. J’ai couché mes rêves et mes aspirations sur papier. Mon enfance a eu une grande influence sur tous les aspects de nos vies.

Je ne me souviens d’aucun poème de mon enfance. On ne nous a jamais appris de poème. Je n’ai compris qu’après mes trente ans que j’aurais du recevoir un ballon de foot de mon père et j’ai du étendre les jambes pour que ma mère me chante une comptine. C’aurait été à nos instituteurs de nous apprendre à écrire des poèmes pour le soleil et le ciel. Nous aurions du mieux grandir avec les arbres. Nous aurions dû flotter au fil des rivières. Nous aurions dû voler dans le ciel avec les papillons…Nous aurions dû, nous aurions dû…

Au lieu de ça, la musique pour nous c’était les marches militaires, les poèmes des stands de tir et nous ne regardions pas le ciel par peur des hélicoptères de combat. C’est après mes trente ans que je ne connaissais aucun conte enfantin. Je ne savais pas que les enfants s’assoient et écoutent leurs grands-parents leur raconter les histoires du lapin courageux et du vilain petit canard avant d’aller se coucher. Je ne savais pas que les enfants devraient vivre et grandir avec leurs rêves. La fin de nos histoires c’était le décompte des morts dans les montagnes ou le rapport des heures de combat.
 
Croyez-moi, ils ne nous ont pas laisser être des enfants. C’est peut-être pourquoi, à l’âge de trente ans et quelques, j’aime toujours jouer à des jeux d’enfants. C’est peut-être pourquoi j’aime jouer avec les enfants et j’espère pouvoir encore le faire…
 
Ils ont volé à notre génération ses jeux, sa joie et son bonheur, c’est pourquoi je ne me rappelle rien de mon enfance. Vous allez me dire, si l’on retire de votre poème les manifestations, les cris et l’amour, qu’en restera-t-il ? Si l’on retire le printemps de la nature et la lune et les étoiles de la nuit, que deviendront-elles ?
Et dites-moi, si l’on retire son enfance que reste-t-il de cette personne ?

Chère …, à l’adolescence, au lieu de lire de la science-fiction, nous recherchions les statuts de certains partis politiques ou les méthodes de lutte armée. Nos cours parlaient d’histoire de la religion.

Chère …, mon enfance a débuté avec l’odeur du plomb, des balles et des coups de feu. Il ne reste rien de notre beau village et de toutes ses sources, rien que des ruines entourées de montagnes.

Mes souvenirs du village remontent à l’évènement suivant, je ne me souviens de rien avant.

Un jour, nous avons vu des jeunes armés envahirent notre village par toutes ses rues. C’était la première fois que je voyais un fusil. La première fois que j’ai vu une balle j’ai ressenti une peur étrange. Il n’était pas possible de compter les sources autour du village, ce que j’avais toujours voulu faire. Pas le temps d’attacher la balançoire au noyer de notre cour. Pas le temps de ramasser les mûres du mûrier derrière l’école. Plus le temps de ramasser les fleurs sauvages.

Notre seule loisir c’était de voir les blessés et les morts rapportés au village, d’écouter les sanglots des mères qui apprenaient la mort de leurs enfants et qui erraient de village en ville pour échouer chez nous. Des sanglots, des cris, du sang, l’odeur de la poudre, les psalmodies de « vive » et « mort à » avaient rempli l’espace de notre village et saturé notre enfance.

Un jour, on avait placé un jeune blessé sous un mûrier. Il n’y avait personne avec lui. Je m’approchais craintivement pour voir un jeune blessé. Il me demanda de l’eau. Ignorant que l’eau pouvait être dangereuse dans son état, je courus lui chercher un bol d’eau. Soudain, un de ses camarades se mit à me crier dessus. Je laissais tomber le bol d’eau et commençait à pleurer. Je me tournais vers Ebrahim, le jeune blessé, il souriait. Je n’ai pas compris la signification de ce sourire ce jour-là, mais depuis, l’image de son sourire me revient, même dans mes rêves. L’image ne me quitte pas. Peut-être se souvenait-il de sa propre enfance en me regardant. Depuis lors, j’ai regardé les enfants de notre terre avec envie et une boule dans la gorge. Je leur ai souri pour dépeindre ma propre enfance et leur futur.

Chère …, le jour où nous avons quitté notre village, un autre groupe est arrivé avec des armes et des uniformes différents. Personne ne pensait à notre école. Tout le monde pensait à des armes plus puissantes. Nous n’avions pas d’autre choix que de quitter le village et d’aller en ville. Cependant, là-bas aussi, il y avait les sirènes des ambulances et les corps des jeunes tués apportés en ville pour y être exposés. Ces images ne laissaient aucun répit à notre enfance et à notre adolescence.
Chaque soir après l’école, depuis les collines à l’extérieur de la ville, je regardais brûler les fermes céréalières enflammées par les fusils et les canons. Je m’asseyais et je regardais les chênaies brûler. Nous n’avions pas le temps d’être des enfants.

Plus tard, je suis devenu instituteur pour ne pas avoir à quitter les enfants et le monde de l’enfance. Je suis retourné dans les villages des montagnes Shahou pour voir Shahou blessée de près et lui venir en aide. Les chênaies avaient repoussé. La montagne était calme mais elle portait encore les souvenirs et les cicatrices de la profonde blessure subie.

La vie continuait. J’allais en classe avec passion et enthousiasme. Mais la pauvreté de la population, le chômage, les chaussures déchirées et les vêtements fatigués de mes élèves me préoccupaient. Je mourais mille fois dans la journée quand je regardais leurs visages douloureux. Je ne voulais pourtant pas porter témoignage de la mort des rêves de ces enfants.
 
Instituteur dans le couloir de la mort, Farzad Kamangar
Prison d'Evin
Mai 2010
 
*Baba Ab dad (littéralement, "papa donne de l'eau") est l'une des toutes premières phrases que les écoliers iraniens apprennent à lire et à écrire.

Texte traduit par Marthe Gonthier

Lire également:


Farzad Kamangar: Mais la nuit douloureuse déborde d’étoiles

Chaque nuit, une étoile est abattue.

Mais la nuit douloureuse déborde d’étoiles.

Salut camarade. Comment te dépeindre ? Comment visualiser le crime dont on t’a accusé ?

Dois-je t’imaginer en jeune homme frêle sur la potence, souriant au soleil florissant, ou en enfant des quartiers pauvres, pieds nus voulant annoncer aux tables du voisinage qui en manquent que le pain va arriver ?

Ou bien en jeune des quartiers riches ayant goûté la liberté et appris l’alphabet de l’injustice et de la douleur à l’école de la vie ?

Oh, attends, j’avais oublié que dans notre ville il n’y a ni quartiers riches ni quartiers pauvres, toute notre ville est pleine de souffrances et de tristesse.

Alors dis-moi, camarade,

Je veux te décrire en Siamand (1), qui s’habille pour son mariage.

Comment ? Je veux savoir comment me souvenir de toi.

Comme un jeune homme qui a pris la route de Shahou aux noyers brûlés pour rejoindre la caravane en route pour le pays du soleil.

Mais rien de tout cela n’est un crime.

Quelle que soit l’amertume d’appartenir à cette nation, lui tourner le dos serait indigne.

Alors, tu ne t’es pas détourné du peuple, sur la potence, tu avais la tête haute.

Repose en paix, camarade, tu sais que la mort d’une étoile est le prélude au lever du soleil, et le cauchemar de cette nation affrontée chaque nuit à la potence mortelle ne peut signifier que la naissance d’un autre enfant au pied de la chaîne du Zagros, un enfant né pour être rebelle.

Que ton corps se mêle à la terre dans la paix et la solitude. Embrasse la terre, car demain, tu en sortiras épanoui.

Endors-toi sans la berceuse de ta mère, sans les adieux de ta sœur et sans voir les larmes de ton père, repose en paix dans une terre où Ebrahim, Nader et Kioumars reposent déjà.

Mais dis-moi, camarade, je voudrais savoir ce que furent tes derniers mots quand le bruit des pas se mêla à celui de la souffrance.

Je voudrais savoir quel poème, quel chant, quel nom je devrai chanter afin que mes genoux ne s’entrechoquent pas lorsque mon tour viendra.

Apprends-moi comment affermir mon cœur pour l’instant suprême, où je verrai toute ma vie se dérouler.

Adieu, camarade,

Farzad Kamangar,
Prison d’Evine

1. Siamand est le héros d’une épopée kurde dont le sujet principal est l’amour et intitulé Siamand et Khadj

Lire aussi:

Lettre de Farzad Kamangar, Enseignant emprisonné condamné à mort

Farzad Kamangar: « Soyez forts, camarades »

Lettre de Farzad Kamangar depuis la prison d’Evine

 

mercredi 12 mai 2010

Lettre de Shirin Alam Houli (executée): Je suis un otage

Lettre de la prisonnière politique Shirin Alam Houli
Shirin a été exécutée par les monstres de Téhéran le dimanche 9 mai. Cette lettre date du 3 mai.
Comment décrire ces souffrances sans fin? Comment pleurer ces vies brisées?
Les martyrs du 9 mai, nous ne vous oublierons jamais.




Je suis un otage

Shirin Alam Houli, est née le 3 juin 1981 dans le village de Gheshlagh près de la ville de Makou en Iran. Elle a été arrêtée en mai 2007 par les gardes révolutionnaires à Téhéran. Elle a passé les 25 premiers jours de son incarcération dans un endroit inconnu sous une torture physique et psychologique brutale. Elle a ensuite été transférée au bloc 209 de le prison d’Evine où elle a été gardée à l’isolement pendant six mois et encore brutalement torturée. Après quoi, elle a été transférée à la section des femmes de la prison d’Evine. Le 19 décembre 2009, elle a été condamnée à deux ans de prison pour être sortie illégalement d’Iran et à mort pour « Moharebe » (être ennemie de Dieu) pour sa soi-disant implication dans le Parti Vie Libre du Kurdistan (PJAK). Elle a été jugée par la 15ème chambre du tribunal révolutionnaire de Téhéran par le juge Salavati. Son avocat a été informé de la sentence le 3 janvier 2010 et a fait appel, à ce jour, aucune nouvelle de la cour d’appel. Dans sa première lettre, Madame Alam Houli parlait des tortures physiques et psychologiques brutales qu’elle avait endurées pendant les interrogatoires qui font qu’elle souffre actuellement de nombreux problèmes de santé qu’elle souligne dans sa dernière lettre. Dans sa lettre précédente, Madame Alam Houli avait également déclaré que ses interrogateurs avaient tout essayé pour qu’elle cesse sa grève de la faim. Dans sa seconde lettre, elle explique comment ils essaient de la forcer à faire des aveux télévisés, lui demandant de renier son identité kurde en lui faisant subir de nouveaux interrogatoires.


Lettre de Madame Shirin Alam Houli

Je rentre dans ma troisième année de prison, trois ans dans les pires conditions derrière les barreaux de la prison d’Evine. J’ai passé les deux premières années sans avocat en prison préventive. Toutes mes questions sur mon dossier sont restées sans réponse jusqu’à ce que je sois injustement condamnée à mort. Pourquoi ai-je été enfermée, pourquoi vais-je être exécutée ? Pour quel crime ? Parce que je suis kurde ? Si c’est le cas, je suis née kurde, je parle Kurde, le Kurde est la langue que j’utilise pour communiquer avec ma famille, mes amis et ma communauté, c’est la langue avec laquelle j’ai grandi. Mais je n’ai pas le droit de la parler ou de la lire, je n’ai pas le droit d’étudier dans ma langue et je n’ai pas le droit de l’écrire. Ils me disent de renier mon identité kurde, mais si je le fais, je me renie moi-même. Monsieur le juge et enquêteur : quand vous m’interrogiez, je ne parlais pas votre langue et je ne vous comprenais pas. J’ai appris le Persan durant les deux ans que j’ai passé à la section des femmes de mes amies. Mais vous m’avez interrogée, jugée et me condamnée dans votre propre langue même si je ne comprenais pas et ne pouvais pas me défendre. La torture à laquelle vous m’avez soumise est devenue mon cauchemar. Je souffre constamment à cause des tortures que j’ai subies. Les coups sur la tête pendant les interrogatoires m’ont causé de graves problèmes. Je souffre de migraines sévères pendant lesquelles je perds conscience, j’ai des saignements de nez à cause de la douleur et cela dure des heures avant que je ne reprenne mes esprits. Un autre « cadeau » que vos tortures m’ont laissé, ce sont mes problèmes oculaires qui empirent chaque jour. Ma demande de lunettes est restée sans réponse. Quand je suis entrée en prison, mes cheveux étaient noirs. Après trois ans d’emprisonnement, mes cheveux ont blanchi. Je sais que ce que vous m’avez fait, vous l’avez également fait à tous les Kurdes comme Zeynab Djalalian et Ronak Safarzadeh… Les yeux des mères kurdes sont pleins de larmes, dans l’attente de voir leurs enfants. Elles sont constamment angoissées ont peur de chaque coup de fil qui pourrait leur annoncer l’exécution de leurs enfants. Aujourd’hui, 2 mai 2010, on m’a de nouveau emmenée au bloc 209 de la prison d’Evine pour interrogatoire. Ils m’ont demandé de coopérer pour être pardonnée et non exécutée. Je ne comprends pas ce qu’ils veulent dire par coopération, quand je n’ai rien fait de plus que ce que j’ai déjà dit. Ils veulent que je répète tout ce qu’ils disent, mais je refuse de le faire. Les enquêteurs m’ont dit : « Nous voulions te relâcher l’année dernière, mais ta famille n’a pas voulu coopérer et on en est arrivé là. » Il m’a avoué que j’étais un otage et qu’avant qu’ils n’atteignent leur but, ils me garderont prisonnière ou ils m’exécuteront, mais ils ne me relâcheront jamais.

Shirin Alam Houli, 3 mai 2010 Serkeftin

A noter, à la fin de sa lettre elle a écrit « Serketfin » ce qui signifie VICTOIRE en Kurde

Lire aussi:

Le martyre de Shirin Alam-Houli

mardi 11 mai 2010

Farzad Kamangar: « Soyez forts, camarades »

Farzad Kamangar, instituteur condamné à mort, a écrit une lettre aux autres instituteurs emprisonnés. La lettre suivante a été publiée par l’Agence de Presse des Militants des Droits Humains (HRANA).

« Soyez forts, camarades »

Il était une fois une maman poisson qui avait pondu 10.000 œufs. Seul un petit poisson noir avait survécu. Il vivait dans un ruisseau avec sa mère.

Un jour, le petit poisson dit à sa mère : « Je veux m’en aller d’ici. » Sa mère demanda : « Pour aller où ? » Le petit poisson répondit : « Je veux aller voir le bout du ruisseau. »

[Note du traducteur : Le Petit Poisson Noir est le titre d’une nouvelle pour enfants. L’histoire a été écrite en 1967 par l’instituteur dissident Samad Behrangui. Le livre a été interdit sous le régime du Shah. Il raconte l’histoire et les aventures d’un petit poisson noir qui n’observe pas les lois de sa communauté et part pour découvrir la mer. En chemin, il se bat courageusement contre des ennemis. Ce conte est un classique de la littérature iranienne de la résistance]

Salut, compagnons de cellule. Salut compagnons de souffrance !

Je vous connais bien : vous êtes l’instituteur, le voisin des étoiles de Khavaran*, les copains de classe de douzaines de personnes dont les écrits étaient en annexe de leurs procès, l’enseignant de ceux dont le crime était des pensées humaines. Je vous connais bien : vous êtes les collègues de Samad et d’Ali Khan. Vous vous rappelez bien de moi ?
[Note du traducteur : Khavaran est un cimetière à l’est de Téhéran où beaucoup d’opposants exécutés dans les années 80 ont été enterrés dans des fosses communes]

C’est moi, enchaîné à la prison d’Evine.

C’est moi, l’écolier tranquille, assis sur les bancs brisés de l’école, aspirant à voir la mer alors que je suis dans un village écolier du Kurdistan. C’est moi, qui, comme vous, a raconté les contes de Samad à ses écoliers, au cœur des montagnes de Shahou [au Kurdistan].

C’est moi qui aime reprendre le rôle du petit poisson noir.

C’est moi, votre camarade du couloir de la mort.

Maintenant, les vallées et les montagnes sont derrière lui et la rivière traverse une plaine. De gauche, de droite, d’autres rivières se sont jointes à elle et l’eau est maintenant abondante dans la rivière. Le petit poisson aime que l’eau soit abondante… le petit poisson voulait aller jusqu’au fond de la rivière. Il pouvait nager tout son soûl sans se cogner.

Soudain, il repéra un grand groupe de poissons, 10.000 et l’un d’entre eux dit au petit poisson noir : « Bienvenue dans la mer, camarade ! »

Chers collègues emprisonnés ! Est-il possible de s’asseoir derrière le même bureau que Samad, de regarder les enfants de ce pays dans les yeux et cependant de se taire ?

Peut-on enseigner et ne pas indiquer le chemin vers la violence aux petits poissons du pays ? Qu’importe qu’ils viennent d’Aras [rivière au nord-ouest de l’Iran en Azerbaïdjan], du Karoun [rivière au sud-ouest de l’Iran au Khouzestan],du Sirvan [rivière du Kurdistan] ou du Sarbaz Roud [rivière du Sistan-Baloutchistan] ? Qu’importe puisque la mer est notre destinée commune pour nous unir tous ? Le soleil est notre guide. Nous serons récompensés par la prison, d’accord !

Est-il possible de porter le lourd fardeau de l’enseignement, d’être responsable de semer les grines du savoir et de cependant se taire ? Est-il possible de voir les bouchées traverser la gorge des écoliers, d’être témoin de leurs visages émaciés et faméliques et de se tenir tranquille ?

Est-il possible de vivre cette année sans justice ni équité et de s’abstenir d’enseigner le E de l’Espoir, le E de l’Egalité, même si ces enseignements vous font atterrir à la prison d’Evine ou vous conduisent à la mort ?

Je ne peux concevoir enseigner au pays de Samad, de Khan Ali et d’Ezzati et ne pas rejoindre l’éternité de l’Aras*.Je ne peux concevoir être témoin de la douleur et de la pauvreté du peuple de cette terre et ne pas donner nos cœurs à la rivière et à la mer pour qu’elles rugissent et débordent.

[Note du traducteur : l’Aras est une rivière au nord-ouest de l’Iran formant la frontière avec l’Azerbaïdjan. Samad s’y est noyé l’été 1968. Certains ont considéré suspectes les circonstances de sa mort et ont accusé les agents du régime du Shah de sa mort]

Je sais qu’un jour cette route rude et inégale sera pavée pour les enseignants, et les souffrances que vous aurez endurées seront une marque d’honneur pour que chacun voit qu’un enseignant est un enseignant, même si son chemin est barré par le processus de sélection*, la prison et l’exécution. Le petit poisson noir, mais pas le héron, ont décerné cet honneur à l’enseignant.

[Note du traducteur : le processus de sélection ou Gozineh est destiné à écarter les enseignants et d’autres fonctionnaires sur les bases de leurs points de vue idéologies, politiques et religieux]

Le Petit Poisson nageait calmement dans la mer et pensait : Ce ne m’est pas difficile d’affronter la mort, ce n’est pas regrettable non plus.

Soudain, le héron plongea et attrapa le petit poisson.



Grand-mère Poisson finit son histoire et dit à ses 12.000 enfants et petits-enfants qu’il était l’heure de se coucher. 11.999 petits poissons lui souhaitèrent bonne nuit et allèrent au lit. La grand-mère aussi alla dormir.

Un petit poisson rouge n’arrivait pas à dormir. Ce poisson était perdu dans ses pensées.

Un enseignant du couloir de la mort, prison d’Evine.
Farzad Kamangar
Avril 2010


Explication de Farzad Kamangar sur le titre de sa lettre:
Il y a huit ans, la grand-mère de l’un de mes écoliers, Yassin, du village de Marab écoutait la cassette de l’histoire de l’enseignant Mamousta Ghoutabkhaneh. Elle me dit ensuite : « Je sais que ton sort, comme celui de l’enseignant qui a écrit et enregistré ce poème, c’est d’être exécuté ; mais sois fort camarade ». La grand-mère a prononcé ces paroles tout en tirant sur sa cigarette et en regardant les montagnes.
Version anglaise et persane: http://persian2english.com/?p=9881

 

samedi 2 janvier 2010

17ème déclaration de Moussavi à propos des évènements de l’Ashoura sanglante

Dans sa première déclaration après la tragédie de l’Ashoura 2009 (texte en Persan), Mir Hossein Moussavi a critiqué les attaques brutales des forces gouvernementales contre la nation iranienne en deuil, et propose une solution en cinq points pour sortir de la situation critique actuelle. Il considère les manifestations populaires d’Ashoura et Tassoua (les fêtes religieuses les plus saintes) comme spontanées, il insiste pour que les trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire prennent leurs responsabilités face à la nation en votant une loi garantissant la transparence des élections pour restaurer la confiance, en libérant les prisonniers politiques et en leur rendant leur dignité et leur honneur, en reconnaissant la liberté de la presse, des médias et le droit du peuple à manifester légalement. Sans mettre en exergue le martyre de son propre neveu lors des évènements récents, Moussavi rappelle qu’il ne craint pas de devenir l’un des martyrs de la quête des droits légitimes religieux et nationaux et ajoute que son sang n’est pas plus rouge que celui de ceux martyrisés depuis les élections. Il souligne que ce n’est pas en ordonnant l’exécution, le meurtre ou l’arrestation de Karroubi, Moussavi ou d’autres que le problème pourra être résolu.

Texte traduit en Français par MG
Texte en Persan: ici
La page Facebook de Moussavi contenant une traduction en Anglais: ici


Déclaration intégrale de Mir Hossein Moussavi

Au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux

On m’a répété, à moi et à [mes] amis, que si nous ne faisions pas de déclaration, les gens ne descendraient pas dans la rue, arrêteraient de manifester et de revendiquer et le pays serait pacifié. En tant que compagnon de route du grand mouvement populaire Vert, je n’étais pas en faveur de cette idée et je pensais que le retour à la normale ne viendrait que si les réformes nécessaires, basées sur les principes clairs de la constitution, étaient menées à bien.

Pour la commémoration de l’Ashoura, en dépit de nombreuses demandes, ni Karroubi, ni Khatami, ni moi-même, ni aucun autre ami n’a fait de déclaration. Et pourtant, le peuple a agi spontanément et a démontré que les vastes réseaux sociaux qui se sont formés spontanément pendant et après les élections n’attendaient pas les annonces ou les déclarations. Le peuple n’a pas de journaux pour l’accompagner ou l’encourager ; il ne profite pas d’une radiotélévision d’état supposée être neutre, juste et avisée ; et pourtant les nations du monde en ont été témoins : au milieu d’une tempête de menaces, de propagande, d’insultes et d’appels impies, en ce jour saint, les personnes portant le deuil de l’Imam Hossein (le petit-fils du Prophète Mahomet) en appelaient à Hossein pacifiquement et sans slogan radical sont descendues dans les rues et les places qu’ils avaient eux-mêmes choisi ; de nouveau, ils ont été en but à des provocations. Il y a eu des brutalités incroyables comme des voitures écrasant les gens, des milices en civil tirant sur le peuple ; ces miliciens sont aujourd’hui connus et leurs visages et ceux de ceux qui les manipulent se dévoilent de plus en plus. Tout cela a créé un désastre dont les conséquences ne sont pas prêtes de quitter la scène politique de ce pays de sitôt.

Si l’on regarde les images de l’Ashoura, on se rend compte que si parfois les slogans et les actions en sont venus à un radicalisme inacceptable, c’est parce qu’on a jeté des gens depuis des ponts ou des endroits en hauteur, qu’on les a écrasés avec des voitures ou assassinés ; il est intéressant de noter que sur certaines images, les gens voyaient leurs frères derrière les visages des forces de police ou bassidj en train de les réprimer ; dans cette situation critique et dans ce jour assourdissant de haine, ils essayaient de les protéger. Si la radiotélévision avait eu le moindre gramme d’équité, elle aurait diffusé un peu de ces scènes pour calmer l’atmosphère et rapprocher les gens. Mais non ! Le cours des évènements qui ont suivi l’Ashoura et l’étendue des arrestations et des autres actions gouvernementales ont démontré que les autorités répètent leurs erreurs passées sur une plus grande échelle et pensent que la seule solution est la politique de la terreur.

Admettons qu’avec toutes ces arrestations, ces brutalités, ces menaces, qu’avec le musellement des journaux et des médias vous puissiez réduire le peuple au silence pour quelques jours, comment changer l’opinion qu’a le peuple des institutions ? Comment compenser le manque de légitimité ? Comment changer la stupéfaction et la réprobation de tous les peuples du monde pour la brutalité d’un gouvernement contre son propre peuple ? Que faire des problèmes économiques du pays et des conditions de vie qui empirent à cause de la faiblesse extrême de son administration ? Comment faire reculer la menace de plus de sanctions de la part des Nations Unies et des efforts internationaux pour tirer plus encore d’avantages au détriment de notre pays et de notre nation ? En s’appuyant sur quelle expertise, quelle unité nationale, quelle politique étrangère efficace ?

Ils pensent qu’en repoussant les intellectuels, les érudits, les académiciens et les militants politiques ils peuvent revenir au temps d’avant les élections sans s’attaquer aux racines des problèmes actuels du pays. Mais ceux qui ont étudié l’histoire et en savent un peu à propos de la nature compliquée de la sociologie savent que cette idée est le résultat d’une illusion : fuir la réalité et chercher refuge dans des actions superficielles et trompeuses.

Je le dis clairement et sans ambages : l’ordre d’exécuter, d’assassiner ou d’emprisonner Karroubi, Moussavi ou d’autres personnalités du même genre ne résoudra pas le problème. Les annonces faites ce mercredi place Enghelâb et avant cela lors des dernières prières du vendredi par quelques personnalités affiliées aux institutions rendront directement responsables le coeur [des institutions] de toute conséquence d’un acte terroriste et empêcheront toute solution à la crise actuelle. Traiter la plus grande partie de la société de troupeau insignifiant de bœufs et de chèvres, de poussière et de paille et déclarer le meurtre de ceux qui pleurent le meurtre de l’Imam Hossein Mobah (autorisé par la religion) sont des catastrophes causées par un groupe connu et par la radiotélévision d’état. Qu’est-ce que c’est que ces discours depuis une tribune gouvernementale invitant les gens à s’affronter les uns aux autres en nommant un groupe parti de Dieu et l’autre parti du Diable ? Ils annoncent à plusieurs reprises dans une courte allocution que c’est la guerre ! Est-ce un appel à la guerre civile et aux émeutes ? Considérant l’usage fait du discours religieux, les références aux versets du Coran et à l’enseignement du Prophète, les plus éminents de nos religieux sont en mesure de dire ce qu’il convient de faire de ces gens.

Ce qu’on me rapporte en tant qu’humble membre de la société, sur la façon dont on reçoit les déviations de la voie de l’Islam et de notre pays bien-aimé et les remarques de ces derniers jours me rappellent une parole de l’Imam Khomeiny (que la paix soit sur lui) : « Tuez-nous et nous n’en serons que plus puissants. » Devenir l’un des martyrs qui ont donné leur vie depuis les élections pour obtenir ses droits légitimes tant religieux que nationaux ne m’inquiète pas et mon sang n’est pas plus rouge que celui des autres martyrs.

Je le dis sans ambages : à moins que l’existence d’une crise sérieuse dans le pays ne soit reconnue, on ne trouvera pas de solution aux questions et aux problèmes. La non-reconnaissance de la crise justifiera la poursuite des solutions répressives. La reconnaissance de la crise actuelle apportera une solution non de confrontation mais d’unité nationale. Accuser les gens d’impiété et de collaboration avec des pouvoirs étrangers impérialistes et des gens infâmes ou des mouvements épouvantables comme le MKO dans l’espoir que cela puisse conduire à l’élimination physique de certains fidèles de l’Islam et du peuple, voilà la conséquence de l’aveuglement volontaire sur la nature des problèmes nationaux du pays. En tant que fidèle, je dis que le MKO est mort avec ses trahisons et ses crimes ; ne le ressuscitez pas à cause de la haine ou pour en tirer des bénéfices partisans.

Avant de présenter ma solution de sortie de crise, il est nécessaire que je souligne la nature du mouvement Vert : il est islamique, national, opposé à la domination étrangère et loyal à la constitution. Nous suivons l’Imam Hossein. Nous sommes épris de cette liberté dont l’Imam innocent était le signe avant-coureur. Nous suivons celui qui ne tolérait pas que l’on dérobe un bijou du pied d’une juive dans cette vaste terre islamique (référence à l’Imam Ali). Nous croyons en l’interprétation divine de l’Islam qui considère que tous les humains sont semblables et ont une valeur égale dans la création, en la vision de la dignité intrinsèque de l’humain et n’accepte pas que l’attaquant reçoive une nourriture autre que celle offerte à la victime ou qu’il soit soumis à la torture ou autres actes de ce genre.

Mes chers amis, dont beaucoup sont en prison, et moi-même sommes de vrais fidèles de l’indépendance du pays et nous souffrons que notre marché islamique soit devenu un marché trompeur de marchandises importées. Nous sommes fermement opposés à la corruption actuelle qui émane de politiques erronées et du manque de perspicacité. Nous disons qu’une organisation vaste et influente comme l’IRG ne peut pas défendre le pays et les intérêts nationaux si elle doit calculer quotidiennement les hausses et les baisses de la bourse. ; Cela la corromprait en même temps que le pays. Nous disons que les salaires actuels des pauvres ouvriers, employés et d’autres groupes de la nation sont engloutis dans une corruption étendue et nous sommes prêts à participer à des discussions pour le démontrer. Le mouvement Vert est opposé au mensonge et nous considérons ce fait comme une destruction ravageuse pour la nation ; nous considérons donc que les mensonges en matière de politique, de sécurité, d’économie, de culture et d’autres domaines comme étant un grand danger pour le pays.

Nous voulons une administration véridique, généreuse et pacifique et un gouvernement basé sur les votes du peuple, qui considère les différentes opinions et idées du peuple comme une opportunité et non comme une menace. Nous considérons l’investigation dans la vie privée des gens, l’inquisition, l’espionnage, la fermeture des journaux et les limites portées aux médias comme opposés à notre religion prospère et dispensatrice de pouvoir et contre la constitution émanant de notre religion. Nous considérons le gaspillage d’un seul centime des deniers publics à des fins personnelles ou partisanes comme un péché et nous annonçons que la conspiration nationale vieille de 20 ans, approuvée par toutes les couches des institutions, s’est de nos jours métamorphosée en pièce de papier sans valeur ous avertissons que des concurrents importants dans la région dont la croissance économique est supérieure à 10% sont en train d’émerger et se renforcent de jour en jour tandis que notre gouvernement est malheureusement incapable d’établir un budget annuel, de conserver les comptes de la nation, de sauvegarder les économies du peuple et de répondre aux questions de la cour des comptes et du parlement.

Nous ne sommes affiliés ni aux Américains, ni aux Britanniques. Nous n’avons pas envoyé de cartes de vœux aux dirigeants des puissances mondiales et n’espérons pas leur assistance ; nous savons que l’orientation des affaires étrangères des différents pays découle des intérêts de ces mêmes nations et nous haïssons ceux qui ne respectent pas la culture et les convictions nationales de leurs nations. Il est ridicule de nous accuser d’avoir insulté le Coran et l’Ashoura de l’Imam Hossein et d’avoir déchiré le portrait de l’Imam Khomeiny. Evidemment, s’il y avait eu manque de respect le jour de l’Ashoura, nous ne l’approuverions pas mais nous considérons que les pires des manques de respect, ce sont les meurtres de personnes innocentes et de personnes en deuil le jour de l’Ashoura lors d’un mois pendant lequel l’Islam interdit de tuer.

Je pense que la solution des problèmes actuels et de la crise présente est la suivante. La situation du pays ressemble à un torrent rugissant dont les inondations étendues et différents évènements ont conduit à la crue et l’ont rendu boueux. La solution pour apaiser cette grande rivière et clarifier ses eaux ne se trouvera pas dans l’action rapide. Penser à des solutions de cet acabit - certains devraient se repentir, certains devraient négocier, échanger pour solutionner ce grand problème - c’est se tromper de chemin.

Je pense que l’apport d’eau fraîche et claire provenant de ruisseaux et de sources dans cette rivière sera la solution qui, petit à petit améliorera l’eau et la rivière. Je crois également qu’il n’est pas encore trop tard et que nos institutions ont le pouvoir de le faire s’il a la perception de son importance et s’il pose un regard respectueux et bienveillant sur la nation et toutes ses composantes. Je décris quelques solutions qui, comme les ruisseaux et les sources d’eau claire, peuvent influencer l’atmosphère nationale et améliorer la situation :

  1. L’exécutif devrait être responsable face au peuple, au législatif et au judiciaire afin qu’il n’y ait plus de soutien bizarre à l’exécutif en dépit de son incompétence ou de son incapacité ; l’exécutif doit être comptable de tous les problèmes qu’il a créés dans le pays. Bien sûr, si l’exécutif est compétent et équitable, il pourra répondre au peuple et au parlement ; s’il est incompétent et inapproprié, le législatif et le judiciaire le mettrait en accusation selon la constitution.
  2. Voter de nouvelles lois électorales claires qui permettent de regagner la confiance du peuple en des élections libres et justes sans ingérence ni interférence. Ces lois devraient assurer la participation du peuple entier en dépit de ses différences d’opinion et de vue et devraient interdire l’interférence déformée et partisane des autorités à quelque niveau que ce soit. Les partis originels dans les premiers jours de la révolution peuvent être considérés comme des modèles.
  3. Libérer tous les prisonniers politiques et leur rendre leur dignité et leur honneur. Je suis sûr que cela serait interprété comme un atout pour l’exécutif plutôt que comme une faiblesse et nous savons que les mouvements politiques qui ont perdu sont hostiles à cette solution
  4. L’amélioration est impossible sans la liberté de la presse et des médias et la reparution des journaux interdits. Il faut éliminer la peur des médias libres et on devrait s’intéresser à l’expérience internationale en ce domaine. L’expansion des chaînes par satellite, leur importance grandissante et l’influence décisive de ce média démontre clairement l’insuffisance des méthodes traditionnelles et les limites de la radiotélévision nationale. Les méthodes de brouillage des satellites et la censure d’Internet ne sont efficaces qu’à court terme. La seule solution c’est d’avoir des médias libres et informés à l’intérieur du pays. N’est-il pas temps de poser notre regard, depuis l’extérieur des frontières, sur la prospérité politique, culturelle et sociale par un acte courageux basé sur la confiance dans les forces intellectuelles et innovantes de la société ?
  5. Reconnaître les droits du peuple à organiser des manifestations légales, à constituer des partis politiques et des groupes et respecter l’article 27 de la constitution. On peut le faire avec la sagesse et la collaboration des personnes enthousiastes de ce pays ; cela peut remplacer la bataille entre les bassidj, les forces de sécurité et le peuple ou entre le peuple et le peuple dans une atmosphère d’amitié et d’affection nationale.
On pourrait rajouter des articles à la liste ci-dessus. A mon avis, le moindre filet d’eau claire est important par les temps qui courent. Il n’est pas nécessaire que tous ces points soient initiés en même temps. Si l’on constate de la détermination dans cet démarche, cela aidera à clarifier l’horizon. Mes derniers mots seront que toutes ces suggestions peuvent être exécutées avec sagesse, perspicacité et bonne volonté et sans besoin de traités, de négociations ou de marchandages politiques.

Mir Hossein Mousavi
http://www.kaleme.org/1388/10/11/klm-7047

dimanche 27 décembre 2009

Sirjan: l'horreur en public

Depuis plusieurs jours, nous ne trouvons pas de mots pour dire l'horreur vécue à Sirjan ou deux condamnés à mort devaient être exécutés en public. Il y a des choses impossibles à voir, à lire et à écrire. Ces images ultra violentes qui défilent sous nos yeux, ces cris que l'on devine, ces vies brisées...

Nous détestons le voyeurisme mais publier ces images et les récits associés est très important pour que le monde entier sache.