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samedi 3 juillet 2010

Le Mouvement est devenu clandestin – Dernière partie de l’interview d’Ahmad Batébi

Par Maryam NY



Maryam: Tout le monde fondait de grands espoirs sur le 11 février (22 bahman). Cependant, les grandes manifestations ne se sont pas matérialisées. Les forces de sécurité ont réprimé tous azimuts. Pourquoi n’a-t-on pas pu manifester comme pour l’Ashoura (27 décembre) ou lors de la journée de l’étudiant (7 décembre) ?



Batebi: Comme je l’ai mentionné, plus le temps passe et plus le régime s’immunise et apprend à opprimer et réprimer la population. Et pourtant il y a eu quelques manifestations.



L’un des points marquants consécutifs aux élections, c’est que le ministère du renseignement, principal organe de sécurité, n’a pas réussi à contrôler la population par ses méthodes et opérations traditionnelles. C’est l’IRGC qui a pratiquement pris le contrôle des opérations sécuritaires et a également pris le renseignement sous sa coupe. L’IRGC agit de façon beaucoup plus impitoyable – ils frappent et tuent.



Nous avons vu les événements qui ont suivi le 27 décembre. L’un des problèmes de l’IRGC était qu’ils avaient fait confiance aux chiffres et aux statistiques fournis par le ministère du renseignement concernant le nombre de personnes qui allaient ou devaient se rassembler sur les principales places. Ils avaient reparti les tâches et leurs forces suivant ces chiffres quelque peu erronés. De plus, la population avait changé de stratégie Ceux qui la dirigeait depuis l’étranger avaient prévu de déjouer toutes les prévisions et le régime n’arriva pas a contrôler le peuple. En conséquence, l’IRGC a agi plus professionnellement la fois suivante. Ils ont déployé davantage de forces et ont gardé le contrôle le 11 février.



Le Mouvement Vert n’a pas de radio, de télé ou de journaux et ne peut pas diffuser les nouvelles et l’information comme le fait la république islamique. La différence entre le 27 décembre et le 11 février, c’est qu’à l’Ashoura (27 décembre) il y avait des cérémonies religieuses partout, les gens pouvaient donc se trouver n’ importe où en ville. La population assistait à ces cérémonies le mouvement pouvait donc être partout à la fois. Mais le 11 février, les itinéraires avaient été choisis à l’avance. Si le mouvement voulait se montrer, il devait suivre ces itinéraires. Les rues avaient été fermées depuis la veille.



Un de mes amis en Iran m’a dit qu’il était accompagné d’un de ses amis possédant une carte de membre de la bassidj. Ils ont voulu se rendre au rassemblement. Il m’a raconté : « Nous voyions des groupes de Bassidj venant de Qom, Mashhad, etc… et ils ne nous laissaient pas passer. L’organisation était tellement stricte qu’aucun étranger à l’organisation ne pouvait passer. Plus nous approchions de la place Azadi, plus le processus de sécurité se resserrait et ils nous ont empêché d’arriver jusqu’à la place. Nous leur avons dit que nous étions bassidjs. Ils nous ont demandé le mot de passe. » Ce qui prouve qu’ils avaient un mot de passe pour empêcher quiconque sauf eux de rentrer sur la place.



La question était, pourquoi le Mouvement Vert n’a pas réussi ? Les autres s’étaient organisés à l’avance. Ils avaient formé des équipes pour empêcher tous ceux qui n’en faisaient pas partie de rejoindre le rassemblement et ils avaient bloqué toutes les rues. Quand le pouvoir est aussi puissance, voilà le résultat. Auparavant, la population assistait aux manifestations 20 à 30 jours bien déterminés et c’était un succès. Mais ce jour là elle n’a pas pu à cause d’un régime bien organisé. Ce n’était pas du à la faiblesse du mouvement mais parce que nous n’avions pas les mêmes moyens à notre disposition que le régime.



Maryam: Après le 11 février, beaucoup de sympathisants du mouvement du peuple iranien en occident se sont écartés. Je ne veux pas dire que nous assistons à un déclin mais la situation se calme. Pourquoi est-ce arrivé ?Est-ce à cause du 11 février ?



Batebi: La perception que le monde extérieur a du mouvement est très différente de celle de l’intérieur de l’Iran. Le monde occidental ou les médias pensent que mouvement veut dire manifestations, s’il y en a plus, le mouvement n’existe plus. Nous savons pourtant que la culture du peuple iranien est différente de celle de l’étranger. Ecrire des slogans en vert et distribuer des K7 et des vidéos montrent que le mouvement est bien vivant. Le mouvement apprend à survivre sans risquer des morts et des arrestations. Le mouvement est en train de se transformer.



Quand un mouvement entre en clandestinité, pendant un court laps de temps, les militants ralentissent le rythme et ça dans tous les mouvements sociaux dans le monde entier. Ce n’est pas de la léthargie mais plutôt une période de transformation. Nous sommes dans cette phase actuellement. Quand il y aura des manifestations en juin, il y aura moins d’arrestations, de personnes tuées, ce qui permettra au peuple d’apprendre. Il est naturel que le gouvernement apprenne à réprimer le peuple et que le peuple apprenne comment résister.



Maryam: Vous voulez dire que le mouvement entre dans la clandestinité ?



Batebi: Oui et il faut qu’il le fasse. Lors de la révolution de 1979 également le mouvement est devenu clandestin. C’est pourquoi il a gagné.



Maryam: On dit que les médias occidentaux ne se concentrent pas assez sur les droits humains et trop sur le nucléaire ?



Batebi: Eh bien, c’est vrai, mais nous ne pouvons pas demander au monde d’être ce que nous voudrions qu’il soit. Le monde dit, c’est ma langue et ce sont les problèmes qui m’intéressent. Nous ne pouvons pas dire pourquoi vous intéresser à ce sujet ? Il faut voir ce qu’ils veulent diffuser. Il nous faut le publier et le présenter aux médias comme un package bien formaté.



Le nucléaire inquiète le monde. Il inquiète les gouvernements et cette inquiétude est reflétée dans les médias depuis le sommet. Le nucléaire iranien est important pour la communauté internationale car il met en danger la sécurité du monde. Les gouvernements y sont attentifs et transmettent leur inquiétude aux médias. Les droits humains sont transmis aux médias depuis la base et les médias à leur tour peuvent les transmettre aux gouvernements. Il faut tenir les médias informés de tous les cas de violations des droits de l’homme. Il faut leur envoyer des films, des rapports, des traductions et des articles. Alors les médias les publieront et les diffuseront ; en conséquence, les gouvernements y prêteront attention.








jeudi 11 février 2010

Les événements de la journée du 11 Février 2010 (22 Bahman 1388)

Le peuple iranien s'apprête à vivre une journée décisive ce jeudi 11 Février 2010 (22 Bahman 1388). Ce 31ème anniversaire de la victoire de la Révolution Islamique de 1979 sera utilisé par le Mouvement Vert pour une véritable démonstration de force. Sur ce blog, nous allons suivre heure par heure les évènements de cette journée historique. Toutes nos pensées vont aux martyres du mouvement vert, à ceux qui subissent les pires tortures dans les prisons infâmes du régime et à leurs proches.   



  • Voici ce qu'est la République Islamique

  • Zahra Rahnavard, l'épouse de Mir Hossein Moussavi a été agressée par des miliciens et frappée à coup de poing et de matraque (source source). Les manifestants verts ont pu finalement la protéger et l'extraire des mains de ses agresseurs.
  • Mir Hossein Moussavi a bien pris part à la manifestation mais a dû se réfugier dans une maison  pendant quelques heures pour des raisons de sécurité et quitter les lieux et se couvrant. Nous attendons la confirmation de cette nouvelle. Le régime se sert déjà de cette "fuite" et prétend que Moussavi "s'est enfui caché sous un tchador". Cette information est démentie par le site Kalameh proche de Moussavi. Plus d'information ici.
  • Arrestations massives confirmées à Shiraz et Mashhad.
  • Blog de Delphine Minoui du Figaro en Français: ici  
  • Le nombre de manifestants devant les bâtiments de l'IRIB augmente. Les heurts continuent à cet endroit. 
  • Article de Libération ici 
  • Poster géant des guides de la révolution islamique déchiré! Et le reportage de CNN ici



    16h30 (heure de Téhéran) 

    • Blog remarquable du Guardian avec de nombreux vidéos (en anglais): ici
    • Ariashahr serait complètement entre les mains des manifestants. Une quarantaine de personnes ont été arrêtées selon des témoins. Il y a eu des tirs de balles et de gaz lacrymogènes.
    • Manifestations importantes à Esfahan et Ahvaz

    16h00 (heure de Téhéran) 

    • 20 personnes arrêtées à Shiraz, au moins 100 à Mashhad.
    • Couvre-feu, régime militaire par excellence. Violence partout. Répression totale.
    • Les forces de l'ordre tentent de disperser les manifestants avec des tirs en l'air.
    • Hossein Karoubi: "Les violences de ce jour sont les pires depuis 8 mois".
    • Hashemi Rafsanjani a pris part à la manifestation ce jour.
    • Les manifestants font honneur au poster géant de Khamenei!! A voir absolument.

      15h30 (heure de Téhéran)
      • Non confirmé: un manifestant tué à Shiraz
      • Leila Zareï a été tuée ce jour (27 ans, Place Valaliasr)
      • Les manifestants se donnent rendez-vous sur les grandes places de la capitale à 16h heure locale.
      • Des heurts importants signalés devant les bâtiments de la Télévision d'Etat.
      • Les Basijis ont tiré sur les manifestants à Amirabad.
      • Plusieurs dizaines de manifestants ont été arrêtés à Sadeghieh
      • Plus d'une centaine de manifestants ont été arrêtés à Mashhad, la plupart des jeunes et des étudiants
      • Des manifestants se regroupent par centaine dans les quartiers Nord. Beaucoup de monde autour de la Place Vanak.
      • Les forces de l'ordre se sont introduits dans l'hôpital Ebn-Sina où plusieurs manifestants blessés étaiet soignés. Les manifestants se sont opposés à cette agression.
      • Pour l'instant, les verts ont du mal à se rassembler en très grand nombre. Dès qu'un groupe se forme et se met à scander des slogans, il est immédiatement attaqué par les forces de l'ordre.
      • Ahmad-Reza Radan donnerait des ordres à ses troupes pour plus de répression (son
      • Des manifestants auraient lancé des pierres aux forces en charge de la sécurité de la prison d'EVIN
      • Photo des forces de l'ordre à Sadeghieh ce jour et un autre photo très inquiétante malheureusement



      14h30 (heure de Téhéran) 
      • Selon une information non confirmée, une personne aurait été tuée à Shahrak Gharb
      • De nombreux membres des familles de prisonniers politiques se sont regroupés devant la prison d'EVIN. EVIN sera une cible cruciale, un symbole fort.
      • Des heurts se poursuivent sur l'aile Sud de la Place Vanak
      • Le réseau des téléphones portables est quasiment coupé. Les heurts se poursuivent dans les quartiers Nord de la capitale. Les foyers sont très dispersés. Les forces de l'ordre pourraient être complètement débordées d'ici quelques heures. Prions qu'il n'y ait pas un bain de sang. 
      • Plus de vidéos ici
      • S'approcher de la prison d'EVIN devient totalement interdit. Il faut voir si les manifestants vont insister et ce que sera la réaction des forces spéciales en charge de tenir cette prison. 
      • Des forces spéciales anti-émeutes en moto et armées de bâtons entrent en action.
      • 4 jeunes femmes ont été arrêtées sur la Place Haft-e Tir et emmenée vers un endroit inconnu. Les manifestants verts ont essayé de les suivre sur plusieurs kilomètre pour les sauver sans résultat.

      13h30 (heure de Téhéran) 
      • La manifestation à Sadeghieh prend de l'ampleur et se dirige progressivement vers la Place Azadi.
      • DES MANIFESTANTS SE DIRIGERAIENT VERS LA PRISON D'EVIN. Embouteillages monstres sur les boulevards périphériques Yadegar et Chamran.
      • Environ 10000 manifestants d'Ariashahr se dirigeraient vers la prison d'Evin, le haut lieu des tortures et des exécutions. 
      • L'article du New York Times sur les événements de ce jour: ici
      • De nombreuses arrestations ont été signalées. 
      • Manifestation très importante en cours à Mashhad.
      • France 24: Anniversaire de la Révolution islamique sous haute tension à Téhéran: ici
      • Rien ne semble arrêter les manifestants. Ils n'ont pas peur. Leur nombre augmente au fur et à mesure. 
      • Des heurts importants signalés sur les avenues Vessal, Fatemi, Sattarkhan, Karegar et sur les Places Vanak et Kaj.
      • Le petit fils de l'Ayatollah Khomeini a été arrêté. Rien ne va plus entre la famille Khomeiniet le régime.
      • Radio JARAS en farsi: ici
      • Voila à quoi ressemble le métro à Téhéran aujourd'hui :


      12h30 (heure de Téhéran)   
      • Un très grand nombre de manifestants verts sont des les grandes avenues.
      • Les forces de l'ordre ont tiré sur les manifestants verts à Ariashahr.
      • Associated Press: les manifestants verts à 500 m du podium d'Ahmadinejad
      • Des manifestations à Ahvaz sont confirmées.
      • Des heurts importants sur la Place Vanak et avenue Vessal pour éviter que les manifestants ne se dirigent vers la Place Azadi.
      • Des heurts importants sont signalés entre les miliciens habillés en civil et les manifestants verts. Le nombre de manifestants vert n'arrête pas d'augmenter. 
      • CNN couvre les évènements en Iran de façon continue!! www.cnn.com/iran
      • Les basijis (milices appartenant aux Gardiens de la Révolution) attaquent les voitures qui klaxonnent en soutien aux manifestants qui chantent "Mort à Khamenei", "Mort aux Dictateurs".
      • Les Chancelleries européennes ont boycotté les cérémonies officielles pour la célébration du 22 Bahman en signe de protestation contre l'attaque de plusieurs ambassades européennes hier par des éléments du Basij "étudiant". 
      • Les manifestants réclament haut et fort un referendum! "Referendum, Referendum, Tel est le slogan du Peuple": vidéo ici 
      • Vidéo de la manifestation de ce jour


      12h00 (heure de Téhéran)   
      • Des tirs entendus à Isfahan.
      • Les images et les sons retransmis par la Télévision d'État ne se correspondent pas! C'est ridicule! IRIB est le roi du PhotoShop et du léger différé! La vue de l'horizon (normalement utilisée pour montrer l'ampleur de la manifestation) a une couleur artificiellement ... verte pour fondre dans la masse les manifestants!
      • Des heurts signalés à Shiraz sur la Place Setad.
      • Le frère de l'ancien Président Khatami ainsi que son épouse ont été arrêtés.
      • Des "Morts aux Dictateurs" entendus à la Télévision d'État pendant le discours d'Ahmadinejad!
      • Il est très difficile d'accéder aux sites d'information de l'intérieur d'Iran. Les logiciels anti-flitrage ne peuvent plus fonctionner correctement.

      11h30 (heure de Téhéran)   
      • Ali Karoubi, le fils de Mehdi Karoubi a été arrêté (confirmé).
      • France24 a commencé sa couverture: ici
      • Des manifestants ont été arrêtés sur la Place Enghelab et transporté dans les locaux d'un cinéma.
      • L'ancien Président Khatami a été aperçu parmi les manifestants. Son véhicule aurait été attaqué aussi. 
      • Confirmation: Karoubi et ses gardes du corps ont bien été agressés
      • Des heurts ont été signalés sur l'avenue Ashrafi-Esfehani. Des tirs auraient été entendus.
      • Le site FarsNews, l'agence de presse du régime, n'est pas accessible!!
      • Les forces de l'ordre auraient chargés les manifestants avec des gaz lacrymogènes. sur la Place Sadeghieh. Un témoignage non confirmé fait état de l'arrivée de Mehdi Karoubi sur cette Place.

      11h00 (heure de Téhéran) 

      • Ahmadinejad a commencé son discours. CNN retransmet en direct les images de IRIB2.
      • Des manifestants verts auraient commencé à scander des slogans anti-régime sur l'aile Est de la Place Azadi.
      • Présence massive des verts sur Place HafteTir et les trottoirs autour de la Place Enghelab (Révolution)
      • Un auditeur de ePersianRadio: Karroubi a été agressé. Son véhicule a été attaqué.
      • Les journalistes étrangers n'auront le droit que de couvrir le discours d'Ahmadinejad!
      • Un très grand nombre de manifestants verts seraient sur la Place Azadi.
      • Ahmadinejad est arrivé sur la Place Azadi à 10:06 heure locale. Images retransmises sur la Télé d'État (IRIB). Les plans sont très restreints de peur de retransmettre les manifestants verts en direct.
      • Les forces de l'ordre et les unités spéciales anti-émeutes sont stationnées dans les mosquées et les bâtiments publics près de la Place Azadi pour intervenir.
      • Confirmation: les blindés anti-émeutes importés de la Chine sont positionnés devant IRIB (la Télévision d'État).
      • Un très grand nombre de manifestants sont positionnés sur la 2ème Place (Falakeh) Sadeghieh et attendent l'arrivée de Mehdi Karoubi pour se diriger ensuite vers la Place Azadi.   

      9h30 (heure de Téhéran)
      • Des véhicules anti-émeute de fabrication chinoise aurait été vue vers l'avenue Jam-e-Jam. Leur importation avait fait scandale. La Chine n'est décidément pas dans le camp de la liberté. 
      • De très nombreux manifestants verts sont regroupés sur la Place Sadeghieh où Karoubi devrait joindre les manifestants vers 10h heure locale. Il aura besoin d'être protégé. Il avait congédié ses gardes du corps suite aux agressions qu'ils avaient subies lors de précédentes manifestations.
      •  Tabriz est en ébullition. Des slogans contre le régime autour du Bazar.
      • Ahmadinejad va prendre la parole dans 2 heures environ
      • Présence massive de forces de l'ordre sur l'avenue Kargar, au nord de la Place Enghelab (Révolution)
      • Des photos incroyables de la libération de prison d'Evin en 1979 (ici). Un blogger se demande si nous allons assister à des scènes identiques aujourd'hui...

      4h30 (heure de Téhéran) 
      • Esmaïl Ahmadi-Moghaddam, le commandant des forces de l’ordre et Ahmad-Reza Radan son substitut (le bourreau de la prison de KAHRIZAK) ont l’un et l’autre émis des mises en garde extrêmement sévères à l'égard des manifestants qui ne respecteraient pas les valeurs et les slogans du régime. Dans une autre dépêche, l'agence de presse gouvernementale Fars News fait part d'une période incarcération d'au moins 2 mois pour tous ceux qui seraient arrêtés par les forces de l'ordre ce 22 Bahman.
      • Des véhicules blindés lourdement armés appartenant aux Gardiens de la Révolution (Sepah) sont entrés il y a quelques heures dans l'enceinte de la Télévision et de la Radio d'État (IRIB). Des unités spéciales des Gardiens sont en charge de protéger les lieux sensibles du pouvoir (source - source). La Télévision d'État a été sous le feu des critiques du mouvement vert pour sa partialité et sa censure impitoyable.
      • Des unités du Basij seraient positionnées dans la proximité de la Place Azadi (Liberté), sur le campus de l'Université Sharif (qui se situe à deux pas de la Place) et dans les bâtiments gouvernementaux. La Place Azadi sera l'épicentre de la manifestation du 22 Bahman et l'endroit où Mahmoud Ahmadinejad prononcera son discours (source). Ces unités devraient tout faire pour éviter que les manifestants verts ne puissent accéder à la Place Azadi pour perturber la manifestation officielle et interrompre le discours d'Ahmadinejad. 
      • Les parcours proposés pour les verts et le parcours officiel pour la manifestation sont précisés ici
      NB: Sources Twitter, Jaras, Peykiran, ParlemanNews
      NB: Les magnifiques posters du 22 Bahman sont issus du site de Lissnup (Blog, Twitter)

          mardi 2 février 2010

          Lettre à la Jeunesse de France

          Chers Amis, Chers Sympathisants,

          A l’heure où le régime iranien réprime avec une violence inouïe le mouvement de protestation pacifique né au lendemain de l’élection présidentielle du 12 Juin 2009, nous, Iraniens et Franco-iraniens, ressentons l’extrême urgence de faire tout ce qui est en notre pouvoir, pour venir en aide à nos compatriotes.

          Pour ce faire, nous avons décidé de nous adresser à vous, Jeunesse de France, forces vives et espoir de toute une nation. Inspirés des idéaux de liberté, d’égalité, de laïcité et de progrès qui font l’essence et la fierté de la démocratie française, nous sommes persuadés que la France et l’Union Européenne peuvent jouer un rôle crucial pour soutenir le peuple iranien dans sa lutte contre la tyrannie...

          Télécharger le document en PDF: ici






          samedi 9 janvier 2010

          jeudi 7 janvier 2010

          Le mouvement vert et la violence


          Dans une lettre très remarquée adressée aux iraniens de l’étranger, Ezatollah Sahabi, figure politique très importante de la mouvance nationale et religieuse, formule deux demandes qui, à ses yeux, sont à ce stade primordiales pour la réussite du mouvement vert:
          • Le mouvement vert doit tout faire pour éviter de basculer dans la violence car sinon il ferait le jeu du camp d’en face, lui donnant carte blanche pour frapper et réprimer encore plus fort et sortir au bout du compte vainqueur de ce jeu vicieux.
          • Le mouvement vert doit modérer ses demandes et ses revendications s’il veut obtenir des résultats dans la durée et de façon progressive. Sahabi demande par ailleurs d’éviter d’appeler ce mouvement une révolution et de faire un parallèle avec la révolution de 1979. Il pense que seul un mouvement de réforme progressif et installé dans la durée peut aboutir à des résultats concrets.
          Il faut rappeler que cette lettre fait suite aux événements de la journée de l’Achoura pendant laquelle les manifestants ont riposté pour la première fois, en lançant des pierres et en encerclant les forces de l’ordre, en brûlant leurs voitures et les photos d’Ali Khamenei. Une controverse s’en est effectivement suivie, certains commentateurs qualifiant la riposte du peuple de violente. Ce jour là, au moins 8 manifestants étaient tués à Téhéran dont un écrasé de façon délibérée par une voiture de police (le vidéo a fait depuis le tour du monde) et le neveu de Mir Hossein Moussavi froidement et délibérément assassiné.

          Ezatollah Sahabi soulève en effet deux points très importants et a le mérite de poser des questions quasi identitaires pour un jeune mouvement de libération qui va entrer dans son 8ème mois. Est-ce que riposter, comme l’ont fait les manifestants le jour de l’Achoura, est basculer dans la violence? Les manifestants agressés ont-il le droit de se défendre? Faut-il neutraliser et désarmer un basiji qui s’apprête à frapper ou à arrêter un manifestant? Il est vrai que certains agents des forces de l’ordre ont été frappés ou blessés par les jets de pierre. Mais il n’y a pas eu de lynchage. Au contraire, certaines photos (voir ci-dessous) montrent que les agents blessés étaient même protégés par certains manifestants (un agent blessé, à qui les manifestants ont donné une écharpe verte pour s’essuyer le visage en sang).

          Cette vielle figure de l’opposition iranienne conseille aux verts de ne pas envenimer une situation déjà tendue, de ne pas mettre de l’huile sur le feu et surtout et de ne pas s’enfermer dans l’illusion d’un pays entré dans une phase révolutionnaire. Autrement formulée, cette demande revient à ne pas réclamer directement un changement de régime ou le départ de Khamenei.

          Notre but n’est pas de répondre à ces questions découlant de la lettre de Sahabi mais de prolonger ce débat et de demander aux lecteurs de ces lignes de prendre part au débat en laissant des commentaires.

          Un mouvement transformationnel, populaire et totalement spontané qui s’interroge, qui tâtonne, qui commet parfois des erreurs et qui est en permanence à la recherche de la bonne parade contre la tyrannie et contre l’expression la plus brutale et inhumaine de la violence est tout simplement un mouvement qui mûrit et qui fait preuve d’une vigueur intellectuelle saine et pleine de promesse.

          Le texte de la lettre de Sahabi en Anglais et en Persan: lien

          Lire aussi:
          Le Monde du 28.12.09: Pouvoir et opposition se radicalisent en Iran

          Photos montrant les manifestants protégeant des agents blessés






          Les forces de l'ordre tirant des balles réelles - Un des martyrs de l'Achoura



          samedi 2 janvier 2010

          17ème déclaration de Moussavi à propos des évènements de l’Ashoura sanglante

          Dans sa première déclaration après la tragédie de l’Ashoura 2009 (texte en Persan), Mir Hossein Moussavi a critiqué les attaques brutales des forces gouvernementales contre la nation iranienne en deuil, et propose une solution en cinq points pour sortir de la situation critique actuelle. Il considère les manifestations populaires d’Ashoura et Tassoua (les fêtes religieuses les plus saintes) comme spontanées, il insiste pour que les trois pouvoirs, exécutif, législatif et judiciaire prennent leurs responsabilités face à la nation en votant une loi garantissant la transparence des élections pour restaurer la confiance, en libérant les prisonniers politiques et en leur rendant leur dignité et leur honneur, en reconnaissant la liberté de la presse, des médias et le droit du peuple à manifester légalement. Sans mettre en exergue le martyre de son propre neveu lors des évènements récents, Moussavi rappelle qu’il ne craint pas de devenir l’un des martyrs de la quête des droits légitimes religieux et nationaux et ajoute que son sang n’est pas plus rouge que celui de ceux martyrisés depuis les élections. Il souligne que ce n’est pas en ordonnant l’exécution, le meurtre ou l’arrestation de Karroubi, Moussavi ou d’autres que le problème pourra être résolu.

          Texte traduit en Français par MG
          Texte en Persan: ici
          La page Facebook de Moussavi contenant une traduction en Anglais: ici


          Déclaration intégrale de Mir Hossein Moussavi

          Au nom de Dieu le Clément et le Miséricordieux

          On m’a répété, à moi et à [mes] amis, que si nous ne faisions pas de déclaration, les gens ne descendraient pas dans la rue, arrêteraient de manifester et de revendiquer et le pays serait pacifié. En tant que compagnon de route du grand mouvement populaire Vert, je n’étais pas en faveur de cette idée et je pensais que le retour à la normale ne viendrait que si les réformes nécessaires, basées sur les principes clairs de la constitution, étaient menées à bien.

          Pour la commémoration de l’Ashoura, en dépit de nombreuses demandes, ni Karroubi, ni Khatami, ni moi-même, ni aucun autre ami n’a fait de déclaration. Et pourtant, le peuple a agi spontanément et a démontré que les vastes réseaux sociaux qui se sont formés spontanément pendant et après les élections n’attendaient pas les annonces ou les déclarations. Le peuple n’a pas de journaux pour l’accompagner ou l’encourager ; il ne profite pas d’une radiotélévision d’état supposée être neutre, juste et avisée ; et pourtant les nations du monde en ont été témoins : au milieu d’une tempête de menaces, de propagande, d’insultes et d’appels impies, en ce jour saint, les personnes portant le deuil de l’Imam Hossein (le petit-fils du Prophète Mahomet) en appelaient à Hossein pacifiquement et sans slogan radical sont descendues dans les rues et les places qu’ils avaient eux-mêmes choisi ; de nouveau, ils ont été en but à des provocations. Il y a eu des brutalités incroyables comme des voitures écrasant les gens, des milices en civil tirant sur le peuple ; ces miliciens sont aujourd’hui connus et leurs visages et ceux de ceux qui les manipulent se dévoilent de plus en plus. Tout cela a créé un désastre dont les conséquences ne sont pas prêtes de quitter la scène politique de ce pays de sitôt.

          Si l’on regarde les images de l’Ashoura, on se rend compte que si parfois les slogans et les actions en sont venus à un radicalisme inacceptable, c’est parce qu’on a jeté des gens depuis des ponts ou des endroits en hauteur, qu’on les a écrasés avec des voitures ou assassinés ; il est intéressant de noter que sur certaines images, les gens voyaient leurs frères derrière les visages des forces de police ou bassidj en train de les réprimer ; dans cette situation critique et dans ce jour assourdissant de haine, ils essayaient de les protéger. Si la radiotélévision avait eu le moindre gramme d’équité, elle aurait diffusé un peu de ces scènes pour calmer l’atmosphère et rapprocher les gens. Mais non ! Le cours des évènements qui ont suivi l’Ashoura et l’étendue des arrestations et des autres actions gouvernementales ont démontré que les autorités répètent leurs erreurs passées sur une plus grande échelle et pensent que la seule solution est la politique de la terreur.

          Admettons qu’avec toutes ces arrestations, ces brutalités, ces menaces, qu’avec le musellement des journaux et des médias vous puissiez réduire le peuple au silence pour quelques jours, comment changer l’opinion qu’a le peuple des institutions ? Comment compenser le manque de légitimité ? Comment changer la stupéfaction et la réprobation de tous les peuples du monde pour la brutalité d’un gouvernement contre son propre peuple ? Que faire des problèmes économiques du pays et des conditions de vie qui empirent à cause de la faiblesse extrême de son administration ? Comment faire reculer la menace de plus de sanctions de la part des Nations Unies et des efforts internationaux pour tirer plus encore d’avantages au détriment de notre pays et de notre nation ? En s’appuyant sur quelle expertise, quelle unité nationale, quelle politique étrangère efficace ?

          Ils pensent qu’en repoussant les intellectuels, les érudits, les académiciens et les militants politiques ils peuvent revenir au temps d’avant les élections sans s’attaquer aux racines des problèmes actuels du pays. Mais ceux qui ont étudié l’histoire et en savent un peu à propos de la nature compliquée de la sociologie savent que cette idée est le résultat d’une illusion : fuir la réalité et chercher refuge dans des actions superficielles et trompeuses.

          Je le dis clairement et sans ambages : l’ordre d’exécuter, d’assassiner ou d’emprisonner Karroubi, Moussavi ou d’autres personnalités du même genre ne résoudra pas le problème. Les annonces faites ce mercredi place Enghelâb et avant cela lors des dernières prières du vendredi par quelques personnalités affiliées aux institutions rendront directement responsables le coeur [des institutions] de toute conséquence d’un acte terroriste et empêcheront toute solution à la crise actuelle. Traiter la plus grande partie de la société de troupeau insignifiant de bœufs et de chèvres, de poussière et de paille et déclarer le meurtre de ceux qui pleurent le meurtre de l’Imam Hossein Mobah (autorisé par la religion) sont des catastrophes causées par un groupe connu et par la radiotélévision d’état. Qu’est-ce que c’est que ces discours depuis une tribune gouvernementale invitant les gens à s’affronter les uns aux autres en nommant un groupe parti de Dieu et l’autre parti du Diable ? Ils annoncent à plusieurs reprises dans une courte allocution que c’est la guerre ! Est-ce un appel à la guerre civile et aux émeutes ? Considérant l’usage fait du discours religieux, les références aux versets du Coran et à l’enseignement du Prophète, les plus éminents de nos religieux sont en mesure de dire ce qu’il convient de faire de ces gens.

          Ce qu’on me rapporte en tant qu’humble membre de la société, sur la façon dont on reçoit les déviations de la voie de l’Islam et de notre pays bien-aimé et les remarques de ces derniers jours me rappellent une parole de l’Imam Khomeiny (que la paix soit sur lui) : « Tuez-nous et nous n’en serons que plus puissants. » Devenir l’un des martyrs qui ont donné leur vie depuis les élections pour obtenir ses droits légitimes tant religieux que nationaux ne m’inquiète pas et mon sang n’est pas plus rouge que celui des autres martyrs.

          Je le dis sans ambages : à moins que l’existence d’une crise sérieuse dans le pays ne soit reconnue, on ne trouvera pas de solution aux questions et aux problèmes. La non-reconnaissance de la crise justifiera la poursuite des solutions répressives. La reconnaissance de la crise actuelle apportera une solution non de confrontation mais d’unité nationale. Accuser les gens d’impiété et de collaboration avec des pouvoirs étrangers impérialistes et des gens infâmes ou des mouvements épouvantables comme le MKO dans l’espoir que cela puisse conduire à l’élimination physique de certains fidèles de l’Islam et du peuple, voilà la conséquence de l’aveuglement volontaire sur la nature des problèmes nationaux du pays. En tant que fidèle, je dis que le MKO est mort avec ses trahisons et ses crimes ; ne le ressuscitez pas à cause de la haine ou pour en tirer des bénéfices partisans.

          Avant de présenter ma solution de sortie de crise, il est nécessaire que je souligne la nature du mouvement Vert : il est islamique, national, opposé à la domination étrangère et loyal à la constitution. Nous suivons l’Imam Hossein. Nous sommes épris de cette liberté dont l’Imam innocent était le signe avant-coureur. Nous suivons celui qui ne tolérait pas que l’on dérobe un bijou du pied d’une juive dans cette vaste terre islamique (référence à l’Imam Ali). Nous croyons en l’interprétation divine de l’Islam qui considère que tous les humains sont semblables et ont une valeur égale dans la création, en la vision de la dignité intrinsèque de l’humain et n’accepte pas que l’attaquant reçoive une nourriture autre que celle offerte à la victime ou qu’il soit soumis à la torture ou autres actes de ce genre.

          Mes chers amis, dont beaucoup sont en prison, et moi-même sommes de vrais fidèles de l’indépendance du pays et nous souffrons que notre marché islamique soit devenu un marché trompeur de marchandises importées. Nous sommes fermement opposés à la corruption actuelle qui émane de politiques erronées et du manque de perspicacité. Nous disons qu’une organisation vaste et influente comme l’IRG ne peut pas défendre le pays et les intérêts nationaux si elle doit calculer quotidiennement les hausses et les baisses de la bourse. ; Cela la corromprait en même temps que le pays. Nous disons que les salaires actuels des pauvres ouvriers, employés et d’autres groupes de la nation sont engloutis dans une corruption étendue et nous sommes prêts à participer à des discussions pour le démontrer. Le mouvement Vert est opposé au mensonge et nous considérons ce fait comme une destruction ravageuse pour la nation ; nous considérons donc que les mensonges en matière de politique, de sécurité, d’économie, de culture et d’autres domaines comme étant un grand danger pour le pays.

          Nous voulons une administration véridique, généreuse et pacifique et un gouvernement basé sur les votes du peuple, qui considère les différentes opinions et idées du peuple comme une opportunité et non comme une menace. Nous considérons l’investigation dans la vie privée des gens, l’inquisition, l’espionnage, la fermeture des journaux et les limites portées aux médias comme opposés à notre religion prospère et dispensatrice de pouvoir et contre la constitution émanant de notre religion. Nous considérons le gaspillage d’un seul centime des deniers publics à des fins personnelles ou partisanes comme un péché et nous annonçons que la conspiration nationale vieille de 20 ans, approuvée par toutes les couches des institutions, s’est de nos jours métamorphosée en pièce de papier sans valeur ous avertissons que des concurrents importants dans la région dont la croissance économique est supérieure à 10% sont en train d’émerger et se renforcent de jour en jour tandis que notre gouvernement est malheureusement incapable d’établir un budget annuel, de conserver les comptes de la nation, de sauvegarder les économies du peuple et de répondre aux questions de la cour des comptes et du parlement.

          Nous ne sommes affiliés ni aux Américains, ni aux Britanniques. Nous n’avons pas envoyé de cartes de vœux aux dirigeants des puissances mondiales et n’espérons pas leur assistance ; nous savons que l’orientation des affaires étrangères des différents pays découle des intérêts de ces mêmes nations et nous haïssons ceux qui ne respectent pas la culture et les convictions nationales de leurs nations. Il est ridicule de nous accuser d’avoir insulté le Coran et l’Ashoura de l’Imam Hossein et d’avoir déchiré le portrait de l’Imam Khomeiny. Evidemment, s’il y avait eu manque de respect le jour de l’Ashoura, nous ne l’approuverions pas mais nous considérons que les pires des manques de respect, ce sont les meurtres de personnes innocentes et de personnes en deuil le jour de l’Ashoura lors d’un mois pendant lequel l’Islam interdit de tuer.

          Je pense que la solution des problèmes actuels et de la crise présente est la suivante. La situation du pays ressemble à un torrent rugissant dont les inondations étendues et différents évènements ont conduit à la crue et l’ont rendu boueux. La solution pour apaiser cette grande rivière et clarifier ses eaux ne se trouvera pas dans l’action rapide. Penser à des solutions de cet acabit - certains devraient se repentir, certains devraient négocier, échanger pour solutionner ce grand problème - c’est se tromper de chemin.

          Je pense que l’apport d’eau fraîche et claire provenant de ruisseaux et de sources dans cette rivière sera la solution qui, petit à petit améliorera l’eau et la rivière. Je crois également qu’il n’est pas encore trop tard et que nos institutions ont le pouvoir de le faire s’il a la perception de son importance et s’il pose un regard respectueux et bienveillant sur la nation et toutes ses composantes. Je décris quelques solutions qui, comme les ruisseaux et les sources d’eau claire, peuvent influencer l’atmosphère nationale et améliorer la situation :

          1. L’exécutif devrait être responsable face au peuple, au législatif et au judiciaire afin qu’il n’y ait plus de soutien bizarre à l’exécutif en dépit de son incompétence ou de son incapacité ; l’exécutif doit être comptable de tous les problèmes qu’il a créés dans le pays. Bien sûr, si l’exécutif est compétent et équitable, il pourra répondre au peuple et au parlement ; s’il est incompétent et inapproprié, le législatif et le judiciaire le mettrait en accusation selon la constitution.
          2. Voter de nouvelles lois électorales claires qui permettent de regagner la confiance du peuple en des élections libres et justes sans ingérence ni interférence. Ces lois devraient assurer la participation du peuple entier en dépit de ses différences d’opinion et de vue et devraient interdire l’interférence déformée et partisane des autorités à quelque niveau que ce soit. Les partis originels dans les premiers jours de la révolution peuvent être considérés comme des modèles.
          3. Libérer tous les prisonniers politiques et leur rendre leur dignité et leur honneur. Je suis sûr que cela serait interprété comme un atout pour l’exécutif plutôt que comme une faiblesse et nous savons que les mouvements politiques qui ont perdu sont hostiles à cette solution
          4. L’amélioration est impossible sans la liberté de la presse et des médias et la reparution des journaux interdits. Il faut éliminer la peur des médias libres et on devrait s’intéresser à l’expérience internationale en ce domaine. L’expansion des chaînes par satellite, leur importance grandissante et l’influence décisive de ce média démontre clairement l’insuffisance des méthodes traditionnelles et les limites de la radiotélévision nationale. Les méthodes de brouillage des satellites et la censure d’Internet ne sont efficaces qu’à court terme. La seule solution c’est d’avoir des médias libres et informés à l’intérieur du pays. N’est-il pas temps de poser notre regard, depuis l’extérieur des frontières, sur la prospérité politique, culturelle et sociale par un acte courageux basé sur la confiance dans les forces intellectuelles et innovantes de la société ?
          5. Reconnaître les droits du peuple à organiser des manifestations légales, à constituer des partis politiques et des groupes et respecter l’article 27 de la constitution. On peut le faire avec la sagesse et la collaboration des personnes enthousiastes de ce pays ; cela peut remplacer la bataille entre les bassidj, les forces de sécurité et le peuple ou entre le peuple et le peuple dans une atmosphère d’amitié et d’affection nationale.
          On pourrait rajouter des articles à la liste ci-dessus. A mon avis, le moindre filet d’eau claire est important par les temps qui courent. Il n’est pas nécessaire que tous ces points soient initiés en même temps. Si l’on constate de la détermination dans cet démarche, cela aidera à clarifier l’horizon. Mes derniers mots seront que toutes ces suggestions peuvent être exécutées avec sagesse, perspicacité et bonne volonté et sans besoin de traités, de négociations ou de marchandages politiques.

          Mir Hossein Mousavi
          http://www.kaleme.org/1388/10/11/klm-7047

          mercredi 30 décembre 2009

          Reportage sur les Universités en Iran (France 24)

          Ce reportage a été diffusé par France24 sur l'implication des Universités en Iran dans la révolution en cours.

          Pour la version française, qui n'est pas sur YouTube, cliquer ici.

          L'interview avec Hashemi Rafsanjani diffusé également hier est dépourvu d'intérêt (il a refusé de répondre aux questions sur les récents évènements en Iran: "Je ne parle pas des affaires intérieures avec les médias étrangers. Je me prononcerai le moment venu.").


          lundi 28 décembre 2009

          L'Achoura, un tournant décisif pour le mouvement vert iranien



          L’Iran était à feu et à sang hier, lors des commémorations de la mort de l’Imam Hussein (le 3ème Imam des chiites) ou l’Achoura. Des centaines de milliers de manifestants ont pris part à ces manifestations à Téhéran mais aussi dans un grand nombre de villes de province. Une nouvelle fois, les forces de l’ordre ont réprimé avec une violence inimaginable les manifestants. Le bilan provisoire fait état d’au moins 15 morts (selon l’AFP) dont le neveu de Mir-Hossein Moussavi. 550 personnes ont été arrêtées depuis hier. Quelques enseignements importants de cette nouvelle journée historique :


          • Le Symbole de l'Achoura: Le régime iranien a franchi une nouvelle étape dans l’escalade de la violence envers le peuple. Jamais dans l’Histoire de la Perse et de l’Iran depuis l’invasion de l’Islam, un gouvernant n’avait donné l’ordre de tuer en public des opposants contre le pouvoir central le jour de l'Achoura (la violence et la guerre sont d’ailleurs bannies pendant le mois de Moharram, selon l’Islam). Sans entrer dans le détail des relations complexes qu’entretiennent les iraniens avec la religion et le lourd tribut payé pour avoir justement mêlé celle-ci avec la gouvernance de leur pays, il ne fait aucun doute que l’usage de la violence en ce jour au combien symbolique de l’Achoura dans l’imaginaire des chiites, est une nouvelle erreur considérable commise par le régime. Les populations croyantes modérées qui pouvaient avoir gardé quelque sympathie à l’égard de ce régime religieux, vont certainement se distancer de plus en plus d’un pouvoir qui n’est plus qu’une dictature militaire mise à nue et dépourvue de sa force de frappe idéologique basée exclusivement sur la religion.


          • La Riposte: Contrairement aux manifestations pacifiques du mois de Juin et de ces 3 derniers mois (jour de Jérusalem/Ghods, 13 Aban et 16 Azar), cette fois les manifestants ont riposté aux agressions et aux exactions. Il y a eu des scènes incroyables montrant les forces de police et les forces spéciales débordées par les manifestants en colère, serrées contre un mur, des visages en sang. Des barricades, des voitures et des motos des forces de l’ordre renversées et en feu, des jets de pierre incessants, etc. Des centaines de photos et de vidéos ont circulé en quelques heures sur l’Internet montrant le courage inimaginable des manifestants. Les Unes de grands quotidiens européens et américains (NYT, WashPost, IHT) mettaient d’ailleurs l’accent sur cet aspect précis de la révolte des iraniens contre le pouvoir central : la riposte du peuple. Le caractère non violent de cette révolution est devenue depuis 6 mois une marque de fabrique, une véritable signature du mouvement vert. Riposter comme l’ont fait les manifestants hier, va-t-il à l’encontre de la non-violence? Les manifestants ont tout d’abord cherché à se protéger contre la violence gratuite des forces de l’ordre. Ils ont ensuite recherché à marquer les esprits, conscients des ravages que les photos et les vidéos allaient produire sur l’image et le sort du régime iranien. Ils ont certainement voulu passer un message aux éléments les plus brutaux du régime: "Nous sommes pacifiques, nous détestons la violence, mais, unis, nous saurons nous protéger".
          • Une Révolte Globale: Il est désormais évident que la révolte n’est plus limitée à la capitale. Plusieurs grandes villes de province ont également pris part aux contestations : Tabriz (où il y a eu 4 morts), Ispahan et Najaf-Abad (qui étaient en ébullition depuis la mort de l’Ayatollah Montazeri il y a 8 jours), Mashhad, Shiraz, Arak, etc. Par ailleurs, après une très forte mobilisation des étudiants lors des manifestations du 13 Aban et du 16 Azar, il était important de confirmer que les autres générations étaient aussi mobilisées que les jeunes étudiants. Les femmes ont été une nouvelle fois aux avant-postes. Les images de leur bravoure ont fait le tour du monde. Le destin de tout un peuple, toutes générations confondues, semble définitivement lié. Jamais le peuple iranien n’a été aussi soudé, éclairé et déterminé.
          • Fuite en Avant: L’Ayatollah Montazeri disait que ce régime n’était plus qu’une dictature religieuse. La militarisation du régime est un fait bien établi. Il n’y a qu’à regarder la composition des gouvernements Ahmadinejad et la place prise par les Gardiens de la Révolution au sein de la société iranienne. Les événements d’hier démontrent que le régime est même arrivé au point de délaisser les symboles religieux pour ne s’appuyer que sur la toute puissance de son arsenal répressif militaro-judiciaire. Le régime aurait pu faire profil bas, du moins lors d’une journée aussi symbolique que l’Achoura, de rechercher à apaiser les tensions et de mettre en avant des personnalités plus "pragmatiques" que répressives. Rien de tout cela. Au contraire, la mise en avant de toutes les forces de sécurité du régime déployées dès les premières heures de la journée, les appels de menace visant à intimider les manifestants, l’intensité inouïe des heurts, l’ordre de tirer sur les manifestants et enfin le bilan humain extrêmement lourd de la journée de l’Achoura confirment une fuite en avant dans la militarisation à outrance du régime. La répression militaire est la seule et dernière carte qui reste entre les mains de ses dirigeants. Le profond sentiment d’injustice du peuple iranien est décuplé. Ceci donnera encore plus de vigueur et de détermination à la révolution en cours.
          • Tous Contre Khamenei: Ali Khamenei est plus que jamais la cible directe des opposants au régime. Le retrait d’Ahmadinjead et l’annulation de son élection truquée du 12 Juin ne font plus partie des revendications. Les manifestants réclament à présent ouvertement le départ du Guide, le premier personnage de l’Etat. Les réserves pragmatiques constatées lors des manifestations de Juin ("ne pas insulter le Guide trop directement") ont laissé place à l’éclatement d’une colère accumulée depuis 3 décennies contre celui qui concentre tous les pouvoirs au sommet d’un régime corrompu et sanguinaire (photo et vidéo: plaque portant le nom Khamenei arrachée et piétinée).