samedi 3 mai 2014

Semaine 18 pour un Iran Libre et Démocratique

Nouvelles des Prisonniers
A-Transferts
  • Omid Behrouzi transféré pendant quelques heures à l’hôpital Taleghani puis retour à Evine.
  • Reza Entessari, derviche Gonabadi, transféré à Evine au milieu des criminels de droit commun.
  • Abol-Ghassem (Djavad) Fouladvand de retour à la section 350 d’Evine.
  • Mir-Hossein Moussavi transféré à l’hôpital du cœur de Téhéran et rentre au domicile où il est assigné à résidence le lendemain.
  • Farshid Yadollahi, derviche Gonabadi, transféré à Evine au milieu des criminels de droit commun.

B-Arrestations-Incarcérations
  • Djamal Agooshi arrêté pour purger sa peine d’un an.
  • Babak et Behzad Assiaï, militants culturels, commencent à purger leur peine à Evine.
  • Djafar Azimzadeh, membre du comité de direction du syndicat libre des travailleurs, arrêté.
  • Nassim Bagheri arrêtée à Téhéran pour purger sa peine de 4 ans de prison.
  • Mohammad Bigdeli, musulman sunnite, arrêté.
  • Arash Kamancheh, militant culturel, commence à purger sa peine à Evine.
  • Djamil Mohammadi, membre du comité de direction du syndicat libre des travailleurs, arrêté.
  • Kaveh Rahimi, militant culturel, commence à purger sa peine à Evine.
  • Parvin Zandi, militante culturelle, commence à purger sa peine à Evine.
  • 23 syndicalistes arrêtés le 1er mai et libérés le jour même.

C-Libérations
  • Le poète azerbaïdjanais Hassan Damirchi (Mohammad-Hassan Hargeli) libéré à la fin de sa peine.

D-Autres Nouvelles
  • Mostafa Abdi porte plainte pour le jeudi noir.
  • Mehrdad Ahan-Khah porte plainte pour le jeudi noir.
  • Akbar Amini-Armaki  met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Masoud Arab-Tchoudbar porte plainte pour le jeudi noir.
  • Behzad Arabgol commence une grève de la faim et de la soif.
  • Soheil Arabi porte plainte pour le jeudi noir.
  • Vahid Asghari porte plainte pour le jeudi noir.
  • Assadollah et Madjid Assadi mettent fin à sa grève de la faim et portent plainte pour le jeudi noir.
  • Hassan Assadi-Zeidabadi met fin à sa grève de la faim.
  • Rassoul Badaghi en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Emad Bahavar met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Mohammad Banazadeh-Amirkhizi en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Esmaïl Barzegari porte plainte pour le jeudi noir.
  • Massoud Bastani se rase le crâne en solidarité avec les prisonniers de la section 350 d’Evine et met fin à sa grève de la faim.
  • Omid Behrouzi porte plainte pour le jeudi noir.
  • Ghorban-Ali Behzadiannejad met fin à sa grève de la faim.
  • Hamid-Reza Borhani en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Yashar Darolshafaï met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Mohammad Davari met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Houtan Dolati porte plainte pour le jeudi noir.
  • Djafar Eghdami se rase le crâne en solidarité avec les prisonniers de la section 350 d’Evine et met fin à sa grève de la faim.
  • Reza Entessari se rase le crâne en solidarité avec les prisonniers de la section 350 d’Evine et met fin à sa grève de la faim.
  • Amir Eslami met fin à sa grève de la faim.
  • Farshid Fatehi porte plainte pour le jeudi noir.
  • Djafar Gandji met fin à sa grève de la faim.
  • Mohsen Ghashghaeizadeh met fin à sa grève de la faim.
  • Amir Ghaziani porte plainte pour le jeudi noir.
  • Le Docteur Asghar Ghotan met fin à sa grève de la faim.
  • Assadollah Hadi met fin à sa grève de la faim.
  • Seyyed Saïd Haeri met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Reza (Arash) Hampaei met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Afshin Heiratian en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Khaled Herdani en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Davar Hosseini-Vojdan met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Peyman Kasnejad porte plainte pour le jeudi noir.
  • Hamid Kerbasi met fin à sa grève de la faim.
  • Seyyed Mehdi Khodaï porte plainte pour le jeudi noir.
  • Saleh Kohandel en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Saïd Madani se rase le crâne en solidarité avec les prisonniers de la section 350 d’Evine et met fin à sa grève de la faim.
  • Mehdi Mahmoudian se rase le crâne en solidarité avec les prisonniers de la section 350 d’Evine et met fin à sa grève de la faim.
  • Mohammad-Ali (Pirouz) Mansouri en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Le Docteur Saïd Massouri en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Mohsen Mir-Damadi met fin à sa grève de la faim.
  • Majid Mohammadi-Moein porte plainte pour le jeudi noir.
  • Batiar Shah-Mohammadov en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Mostafa Nili se rase le crâne en solidarité avec les prisonniers de la section 350 d’Evine et met fin à sa grève de la faim.
  • Massoud Pedram met fin à sa grève de la faim.
  • Mohammad-Sadegh Rabani-Amleshi met fin à sa grève de la faim.
  • Alireza Radjabian-Fard met fin à sa grève de la faim.
  • Saïd Razavi-Faghih se rase le crâne en solidarité avec les prisonniers de la section 350 d’Evine et met fin à sa grève de la faim.
  • Alireza Redjaï met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Mostafa Rismanbaf porte plainte pour le jeudi noir.
  • Seyyed Hossein Ronaghi-Maleki met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Soroush Sabet porte plainte pour le jeudi noir.
  • Mehdi Sadjedi-Far met fin à sa grève de la faim.
  • Reza Shahabi met fin à sa grève de la faim.
  • Behnam Sheikhi en grève de la faim et de la soif à la prison d’Evine.
  • Heshmatollah Tabarzadi en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Amine Tchalaki met fin à sa grève de la faim et porte plainte pour le jeudi noir.
  • Misagh Yazdanejad en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Nasseh (Ayhan) Youssefi en grève de la faim à la prison de Redjaï Shahr pour protester contre le Jeudi Noir à la section 350 d’Evine.
  • Omid Zareinejad met fin à sa grève de la faim.
  • Nouvelle attaque cette fois contre la prison de femmes de Ghartchak à Varamine.

Nouvelles de l’injustice en Iran
  • Mohammad-Keyvan Karimi, musulman Sunnite, condamné à mort.
  • Nasrollah Lashni, militant national-religieux, condamné à 6 ans de prison.
  • Emad Manabi, militant politique d’Ahvaz, condamné à 3 ans de prison.
  • Omid Peyvand, musulman Sunnite, condamné à mort.
  • Amjad Salehi, musulman Sunnite, condamné à mort.
  • Ali Sayahi, militant politique d’Ahvaz, condamné à 3 ans de prison.
  • Awat Sheikholeslami, militant des droits humains kurde, condamné à 1 an de prison.
  • Trois pendaisons publiques à Zabol samedi.
  • Une pendaison publique à Semnan samedi.
  • 7 pendaisons à la prison Dizel Abad de Kermanshah.
  • Trois pendaisons à Mashhad.

L’université – la Culture
  • Le journal Ebtekar a été interdit et ré autorisé 3 jours plus tard.
  • Leila Hatami fera partie du jury du festival de Cannes.
  • Whatsapp est désormais filtré en Iran.
  • ZJila Bani-Yaghoub nommée Héroïne de l’information par RSF.
  • Siamak Ghaderi nommé Héros de l’information par RSF.
  • Adnan Hassanpour nommé Héros de l’information par RSF.
  • Saïd Matinepour nommé Héros de l’information par RSF.
  • Le musician et joueur de Tar de premier plan Mohammadreza Lotfi est mort ce vendredi 2 mai à Téhéran à l’âge de 68 ans après une longue bataille contre le cancer.

L’Iran à l’étranger 
  • Zarif et la chef de l’UNESCO se rencontrent à Téhéran.
  • Le ministre des affaires étrangères autrichien en visite à Téhéran.
  • Zarif rencontre une délégation parlementaire française.
  • Zarif rencontre le ministre des affaires étrangères du Nicaragua à Téhéran.
  • Simon Gass, ancien ambassadeur à Téhéran, se rend en Iran pour discuter un resserrement des liens avec la Grande Bretagne.
  • L’UNESCO veut aider l’Iran a établir un Centre de Recherche sur l’eau.
  • Les Etats-Unis sanctionnent des entreprises chinoises et émiraties pour avoir commercé avec l’Iran.

L’économie en Iran 
  • Les Iraniens font la grève de l’essence pendant une journée.

Nouvelles en vrac
  • Il ne reste que 7% d’eau dans le lac d’Oroumieh.
  • L’essence produite en Iran est liée au cancer.


Et toujours, la liste des prisonniers politiques en Iran (en Anglais) : http://hyperactivist.info/ipr.html
Aidez-nous à la tenir à jour

vendredi 2 mai 2014

Le message est clair : ne rentrez pas en Iran ! – Issa Saharkhiz – 28 avril 2014

Le message est clair et concis : le gouvernement n’a aucune autorité, nous avons le dernier mot et nous ne permettrons pas aux Iraniens qui ont quitté le pays, qui ont la double nationalité et qui résident à l’étranger de rentrer au pays pour y commencer une nouvelle vie.

Voici le message envoyé de temps à autre par un centre politique spécifique en se contentant de changer les mots. La cible est claire : le gouvernement et tous ceux qui attendent des réformes et du changement.

Ce message a été diffusé explicitement deux fois la semaine dernière à ceux qui nourrissaient quelque espoir, surtout les militants politiques et sociaux : attention, arrêtez de vous préparer à rentrer en Iran pour y vivre ou même pour y rendre visite à vos familles. 

Le premier message a été envoyé par le procureur général Mohseni Edjehi lors d’une conférence de presse ; il y a dévoilé en 2013 la création d’un tribunal spécial siégeant à huis clos, chargé de juger par contumace les personnes ayant joué un rôle dans les manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle de 2009.

Lundi, Hossein Nouraninejad a été arrêté à son domicile et envoyé en prison dans une section sous la supervision des gardes révolutionnaires ; ce n’est que le prolongement du message d’Edjehi. Nouraninejad est un militant politique proche des réformateurs et du parti Mosharekat (Participation Islamique) ; il avait été arrêté et emprisonné en relation avec le Mouvement Vert mais avait quitté le pays pour s’établir en Australie pour y poursuivre ses études. 

C’est la naissance de son premier enfant qui l’a fait revenir au pays pour y voir son nouveau-né et son épouse, une journaliste, Parastou Sarmadi. Elle a déclaré que des agents étaient venus chez eux et y avaient arrêté son époux ; ils lui avaient dit qu’ils l’emmenaient à la section 1 d’Evine.

C’est de la même façon que Sadjadeh Arabsorkhi et Serajeddine Mirdamadi ont été arrêtés, interrogés et condamnés à leur retour en Iran, après l’élection de Rouhani l’année dernière.

Le président Rouhani et plusieurs membres importants de son cabinet ont, à plusieurs reprises ces derniers mois, invité leurs compatriotes iraniens vivant à l’étranger à retourner chez eux. Durant son voyage de 2009 à New York, Rouhani a délivré  le même message à des Iraniens lors d’un dîner.

Suite à quoi, le secrétaire d’état aux affaires consulaires a précisé qu’il n’existait pas de loi en Iran interdisant aux Iraniens de rentrer au pays. Mais il a aussi dit que la peur des Iraniens qui voulaient rentrer n’avait d’autre base que la propagande des groupes d’opposition.

Pour répondre sur le statut des Iraniens qui avaient quitté le pays ces quatre dernières années, il a répondu que le président avait ordonné la création d’une commission interministérielle pour examiner le retour des Iraniens, surtout de ceux qui ne faisaient l’objet d’aucune poursuite.

Avec le temps, il est devenu clair que certains individus, au sein du régime, sous le contrôle de la justice, n’acceptaient pas cette politique du gouvernement et ne voulaient pas permettre au président de créer des conditions propices au retour des Iraniens, surtout des militants politiques et des journalistes.

C’est le même groupe qui harcèle les familles des militants iraniens émigrés à cause des menaces et de la peur d’être arrêtés et emprisonnés, moyen de forcer les militants d’arrêter leurs actions militantes et médiatiques. Ils envoient souvent des messages, tant directs qu’indirects, qui sont quelquefois menaçants, aux journalistes qui ont une double nationalité et qui travaillaient pour des médias officiels et légaux avant l’élection présidentielle de 2013, pour les persuader d’arrêter de travailler.

Les évènements récents corroborent l’observation qu’au fil du temps, ceux qui sont opposés au retour des Iraniens dans leur patrie l’emportent sur le cabinet Rouhani qui lui, le favorise.

Durant les six derniers mois, des personnes qui se sont rendues au bureau des passeports, à celui du procureur ou à la prison d’Evine ont raconté à leurs proches qu’ils avaient été témoins de l’emprisonnement et de la détention sans motif de beaucoup d’Iraniens qui étaient rentrés au pays. Ils ont vu de jeunes Iraniens sillonnant le bureau des passeports pour comprendre les raisons de leur interdiction de sortie du territoire ou pour récupérer leurs passeports confisqués à l’aéroport à leur retour en Iran. Ces personnes ont dû se rendre au ministère du renseignement, à l’agence du renseignement des gardes révolutionnaires ou au bureau du procureur.

Je pense que le second message envoyé aux Iraniens voulant rentrer au pays, ce sont les évènements de la section 350 de la prison d’Evine qui ont attiré l’attention du monde entier. Le message était clair : s’ils rentraient, les Iraniens subiraient le même traitement : tabassage à mort, blessures, etc.

Ceux qui ont perpétré cette violence contre les détenus d’Evine ont nié leurs crimes mais le tumulte engendré a poussé à la démission du directeur de la prison. Mais il a bénéficié d’avancement, ce qui est un camouflet pour les personnes et les groupes qui défendent les droits humains et qui suivent la situation en Iran, comme le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon et le rapporteur spécial aux droits humains Shahid.

Ces violations grossières et épouvantables des droits humains se passent en Iran alors que ce pays s’est engagé à défendre les droits humains.

Il faut souligner que l’une des faiblesses du cabinet Rouhani a été de ne pas prendre position sur la mise en place de la déclaration universelle des droits humains. On rapporte désormais que les efforts du président pour codifier mes « droits du citoyen » rencontrent aussi de sérieux obstacles en dépit de ses lacunes. Il est maintenant possible que ce projet de loi soit complètement écarté par le parlement.

Si Rouhani ne réussit pas à tenir ses promesses de campagne et à répondre aux demandes de ceux qui ont voté pour lui, la majorité des Iraniens en arriveraient à la conclusion que le transfert de pouvoir par le processus électoral ne produit aucun changement pour eux, ce qui enlèverait toute chance à Rouhani d’être réélu, mais permettrait aussi à ceux qui s’opposent aux programmes et réformes de son cabinet d’écraser les appels des réformateurs qui suivent Seyed Mohammad Khatami et Hashemi Rafsandjani.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/clear-message-do-not-return-to-iran.html

17 prisonniers politiques annoncent la fin de leur grève de la faim


17 prisonniers politiques de la section 350 de la prison d’Evine qui étaient en grève de la faim pour protester contre l’attaque dont ils avaient été l’objet le 17 avril ont annoncé la fin de leur grève de la faim tout en soulignant qu’ils continuaient à demander une enquête impartiale sur cette attaque.

Au nom de Dieu,
Noble peuple d’Iran,

Le jeudi noir, un grand nombre de prisonniers ont été vicieusement battus alors qu’ils étaient menottés et avaient les yeux bandés ; beaucoup ont été grièvement blessés, ce qui ne s’était jamais produit auparavant.

Le 21 avril, nous avons lancé une grève de la faim pour protester contre ce qui s’était passé, pour faire entendre la voix des victimes et faire savoir ce qui s’était passé.

Nous espérons que vous avez bien été informés, que vous avez eu connaissance des preuves et que vous êtes maintenant à même de juger. En plus de ce qui précède, il suffit de regarder qui étaient les attaquants et qui ils attaquaient pour mieux comprendre et se souvenir.

Les responsables auraient du être les premiers à s’opposer à cette injustice, à s’occuper de ceux qui ont perpétré ces crimes, ont été les premiers à fermer les yeux sur ce qui se passait ; ce faisant, ils ont mis la réalité en lumière. Mais plus que tout le reste, la négation de faits évidents et le refus de mener une enquête impartiale ont aidé l’opinion publique à se faire son idée.

Si l’on continue d’ignorer le jeudi noir de la section 350 de la prison d’Evine, si une enquête impartiale n’est pas diligentée, les instigateurs et les préparateurs de ce crime en resteront marqués à jamais. Nous espérons que notre gouvernement se conduise honorablement et que quelques députés épris de justice puissent enregistrer ce qui s’est passé et mettre la vérité en lumière.

Nous exprimons notre gratitude à tous ceux qui ont fait part de leur sympathie lors du traumatisme des prisonniers innocents de la section 350, parmi eux de grands érudits, des personnalités nationales de premier plan, des groupes et des institutions qui nous ont demandé de mettre fin à notre grève de la faim ; nous leur annonçons qu’elle se termine le mardi 28 avril mais que nous continuons à demander une enquête sur les violations qui ont eu lieu.

Notre gratitude aussi à nos amis de la prison de Radjai Shahr qui sont en grève de la faim pour nous soutenir ; nous leur demandons aussi de cesser leur grève de la faim. 

1. Hassan Assadi-Zeidabadi
2. Amir Eslami
3. Akbar Amini-Armaki
4. Emad Bahavar
5. Ghorban-Ali Behzadian-Nejad
6. Massoud Pedram
7. Amine Tchalaki
8. Mohammad-Sadegh Rabani-Amlashi
9. Alireza Redjai
10. Seyyed Hossein Ronaghi-Maleki
11. Reza Shahabi
12. Mohsen Mirdamadi

Source :http://www.kaleme.com/1393/02/08/klm-182879/

Cinq autres prisonniers ont également annoncé arrêter leur grève de la faim :

1. Alireza Radjabian-Fard
2. Mohammad Davari
3. Hamid Karvassi
4. Djafar Gandji
5. Mohsen Ghashghai

Source :http://www.kaleme.com/1393/02/08/klm-182881/

jeudi 1 mai 2014

La section 350 de la prison d’Evine est-elle vraiment calme ? – Mehrangis Kar – 28 avril 2014

Gholam-Hossein Esmaïli, chef de l’infâme prison d’Evine a dit à l’agence de presse Tadbir que la section 350 de la prison était calme et tranquille. Mais depuis, les familles des prisonniers de cette section ont crié sans relâche la violence perpétrée dans la section et on a entendu leurs voix dans le monde entier. Après la révélation, le directeur a dit avoir identifié la source de cette « fausse » nouvelle.

Depuis longtemps, quand nous voulions écrire sur les lois et le déroulement de la justice, nous pensions que nous avions perdu la tête et qu’après 35 ans de république islamique, nous n’avions toujours pas compris que les lois de cette république ne sont que des outils sans vie propre, ce ne sont que des blagues. Certains se sont entrainés à les faire voter tandis qu’à d’autres, beaucoup moins intelligents, on a appris à ne pas permettre de les appliquer. Quel raisonnement sous-tend cette politique ? Je veux dire la politique de la rédaction de lois dans le but d’en tirer des bénéfices sonnants et trébuchants ?

En fait, rien de surprenant à ce que le régime brutal qui s’est imposé en Iran ne prenne la loi pour une farce. Ce qui est en revanche surprenant, c’est qu’il commence par faire voter des lois. Une de ces lois, rédigée en bonne et due forme, se rapporte aux prisons et à la règlementation de l’administration des prisons ; elle a été votée en 2005. Ce qui se passe dans les prisons iraniennes n’a absolument rien à voir avec ce qui est inscrit dans la loi. Ceux qui ont été entrainés à nier la loi, ce qu’ils font très bien d’ailleurs, ont vu une aubaine dans la nomination d’Esmaïli à la tête de la prison d’Evine. Après tout, il avait déjà réussi à proclamer : « Il n’y a pas un seul gramme de drogue vendu et acheté dans toutes les prisons du pays. »

Maintenant qu’Esmaïli a clairement démontré aux détenus d’Evine que les lois qui gouvernent les prisons de ce pays ne sont là que pour faire joli, il prépare le terrain pour qu’on ne s’intéresse jamais à la « recherche de la justice » Il ne semble pas comprendre que la lame même qu’il a ordonné d’utiliser pour raser les prisonniers se retournera bientôt contre lui.

Quand ceux qui m’enseignaient me parlaient de la loi, ils ne s’imaginaient pas qu’un jour la loi connaitrait un tel sort. Ils étaient pleins d’espoir : la loi serait respectée et honorée par ceux à qui ils l’enseignaient. Ils croyaient qu’on n’arrêterait jamais la mise en place de la loi à coups de couteaux, la remplaçant par une matraque. Mais maintenant, ces rêves et ces espoirs sont perdus, mais pas l’amour de la loi, même si des gens comme Esmaïli ont supprimé tout espoir de mise en application des lois que le régime lui-même a promulguées.

La section 350 d’Evine est une base historique. Si elle est secouée, le tremblement de terre arrive. A cause de ce qu’il s’est passé dans les cellules de cette section, et dans les autres cellules des autres sections, des autres prisons du pays, une réconciliation nationale n’est qu’illusoire. Même le régime de l’apartheid avait confiance en lui tandis que ce régime se moque de ses propres lois et règlementations.

La loi régissant l’administration des prisons en république islamique parle des droits du prisonnier en tant que citoyen. Elle en fait la liste, définit leur portée, exige la présence des avocats à tous les étages de l’organisation carcérale. Nulle part elle ne mentionne que si un homme, issu du sein de la république islamique, arrive aux affaires et tente, ne serait-ce que modestement, de l’empêcher de s’écrouler, qu'ils s'appellent Khatami ou Rouhani, on renierait la présomption d’innocence. Cette loi prend toutes les dispositions en cas de violation des droits des prisonniers et contient des règles spécifiques sur les aspects disciplinaires. Elle prévoit un conseil de classement les prisonniers et un autre disciplinaire. Si ces deux conseils n’avaient pas été transformés en farce par des personnes comme Esmaïli, la section 350 de la prison d’Evine aurait vraiment été paisible. Et si le principe de présomption d’innocence jusqu'à la preuve de la faute, stipulé dans l’article 37 de la constitution, n’avait pas été transformé en outil pour la justice, les prisonniers, aujourd’hui blessés et injuriés, joueraient un rôle actif dans la société dans leurs domaines professionnels ou universitaires, et ils auraient œuvré à réduire le nombre de crimes commis dans leurs communautés.

Mais notre sort est entre les mains de criminels qui jouent du couteau et nous attaquent chaque fois qu’un de leurs rivaux prend le dessus dans la lutte perpétuelle pour le pouvoir ; il nous faut donc nous appuyer sur ces mêmes lois pour nous battre pour nos droits. Il nous faut utiliser leurs lois pour les tenir responsables.

La section 350 de la prison d’Evine a bien accueilli les réformateurs entre 1997 et 2006. Après l’élection présidentielle de 2009, c’est devenu le foyer des réformateurs et maintenant, c’est le lieu de résidence des militants des droits humains. Elle a toujours servi d’étalon pour jauger les libertés de pensée et d’expression. Aujourd’hui, ces attaques et cette violence dénotent la peur suscitée par Madame Ashton et les réactions à propos la déclaration sur les droits humains publiée par le parlement européen sur la situation des droits humains en Iran. C’est plus sérieux que cela ne l’a jamais été. On a maintenant peur d’un prisonnier doté de raison et de connaissances. Ce nouveau prisonnier connait la loi et sait que seules des déclarations et des résolutions écrites peuvent ébranler le régime. Ces documents sont une base pour un prisonnier qui ne possède rien dans son propre pays. Elles lui donnent espoir et confiance, et cette confiance signe l’arrêt de mort du réseau des tortionnaires. En plus, elles donnent le sentiment que le monde les regarde, et ça marche même si ce n’est qu’une illusion.

Ils sont très doués pour créer des crises, mais tout autant étroits d’esprit et ils ne voient pas plus loin que le bout de leurs nez.

Alors, par peur de perdre le pouvoir, ils se sont maintenant concentrés sur la section 350 d’Evine. Mais ils n’en tireront rien. L’économie, malade et non-traitée, cherchant toujours à guerroyer, ils ne peuvent s’en débarrasser.

C’est le moment pour tous les Iraniens, de l’intérieur comme de l’extérieur, de déposer plainte contre le régime. Tous les Iraniens seront alors reconnus comme prisonniers de la section 350 de la prison d’Evine. Les Iraniens peuvent commencer à utiliser ces plaintes dans l’intérêt du pays, qui n’est autre que la défense de la dignité humaine. Les outils législatifs sont disponibles à l’intérieur même des lois votées par la république islamique. Tant que les Iraniens ne se présenteront pas comme membres de la famille de tous les prisonniers politiques, aucun progrès n’aura lieu et les déclarations sur les droits humains de l’union européenne resteront sans effets.

Les lois régissant l’administration des prisons en Iran sont un bon outil pour des actions à grande échelle pour défendre leurs intérêts nationaux. La loi spécifie les infractions qui pourraient être commises par les prisonniers. Si l’on avait respecté les dispositions de cette loi, la crise actuelle n’aurait jamais eu lieu.

Les Iraniens de tous horizons peuvent manifester contre les politiques cruelles et sans fondement du régime à un niveau international et mondial. Ils peuvent révéler ses crimes.

Je dis à Monsieur Rouhani que s’il ne défend même pas les droits que son administration a identifiés dans sa charte des droits du citoyen, il sera relégué au rôle de simple « coordinateur d'agences », comme l’avait nommé le président Khatami, beaucoup plus vite qu’il ne le croit. Et ceux qui avaient voté pour lui se demanderont alors ce qui est arrivé à celui qu’ils avaient élu président pour qu’il se transforme en simple coordinateur. Monsieur Rouhani, ne succombez pas à la pression, soyez ferme sur la loi et les droits des citoyens. La population place encore en vous ses espérances et vous pouvez en jouer. Vous serez détruit plus vite que vous ne le croyez si vous n’agissez pas ainsi. Ne vous suicidez pas, le temps presse.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/ward-350-of-evin-prison-is-peaceful.html

mardi 29 avril 2014

L’odeur du sang était partout – Nooshabeh Amiri – 28 avril 2014

Nous savons tous que beaucoup d’hommes et de femmes des excès de la première décennie de la république d’Iran des années 1980. Ils ont appris à connaître le régime et sa nature par les excès horribles et affreux et les transgressions de personnes comme le boucher d’Evine Ladjevardi et « frère Hamid ». Deux décennies sont pourtant passées et ces mêmes victimes continuent de souffrir de la douleur infligée alors à leur âme autant qu’à leur corps. La douleur se manifeste et explose souvent à la moindre cause qui déclenchera un suintement de souffrance et de douleur et, de temps en temps on se retrouve projeté entre les murs de la section 350 d’Evine aujourd’hui. C’est l’endroit où règnent la torture, la bastonnade et la violence sous toutes ses formes. Ceux qui perpétuent cette violence sont les « frères » et des hommes pseudo-religieux qui n’ont toujours pas étanché leur soif de sang après s’en être repu pendant plus de 30 ans.

Comme les parents des prisonniers d’aujourd’hui, nous continuons à voir des gens de notre génération aux âmes brisées dont certains sont encore dans des cellules sombres. Ils restent dans ces cellules, craignant à tout instant qu’on ne leur inflige davantage de douleur encore. En prison, nous voyons nos semblables, mais il faut que nous en ayons nous-mêmes fait l’expérience pour vraiment comprendre ce qu’ils nous ont fait, ce qu’ils sont en train de faire maintenant dans la section 350 de la prison d’Evine.

En dépit de tout ce qu’ils ont fait pour nous réduire au silence, pour nous dissuader, nos semblables sont de plus en plus nombreux et nos rêves humanistes sont plus solides que jamais. Si, à notre époque, ces victimes étaient des dirigeants qui soutenaient les travailleurs (comme Rahman Hatefi), de nos jours ce sont des travailleurs qui se moquent de leurs tortionnaire (Sattar Beheshti). Si c’étaient des religieux qui ont passé leur vie derrière les barreaux (comme l’ayatollah Montazéri), aujourd’hui ce sont des religieux qui s’engagent dans des prières pour la liberté (Mohsen Mirdamadi). Si c’étaient des nationalistes qui étaient viscéralement attachés à leur pays (Ezzatollah Sahabi), aujourd’hui ils sont assez forts pour défier leurs tortionnaires en leur demandant de les torturer davantage (Emad Bahavar).

Mais le groupe qui nous fait face est composé des mêmes menteurs qui, hier, signaient les ordres d’exécution d’un clignement d’œil et dressaient immédiatement l’échafaud. Et même quand ils ont versé des larmes de crocodile par opportunisme, ils créent encore des groupes et des institutions comme la prison de Kahrizak ou roulent sur les corps dans la rue. Ce sont des hommes avides de pouvoir qui nomment Mostafa Pour-Mohammadi à la tête de la justice (juge qui a ordonné les exécutions de masse de 1988).

D’un côté de cette bataille entre la vie et la mort se tiennent des hommes qui ne lâchent rien sur leur demande de droits humains, même sous les tortures les plus violentes. Aujourd’hui, leur message est : « Vous avez tort de croire que nous allons vous laisser détruire ceux que nous aimons » à chaque occasion. Ces hommes qui, le jour même où des mères sont tombées après avoir vu les fils torturés et blessés, se sont rasé la tête pour protester, ont regardé les agents du renseignement dans les yeux ; on les a jeté à terre et ils se sont relevé pour montrer qu’ils ne craignaient plus les agents, même si la salle de visite rappelait la prison d’Abu Ghraib.

De l’autre côté se tiennent les alliés de Monsieur Kamenei dont le nombre se réduit. Ceux qui ont remplacé des hommes comme Ladjevardi à Evine et qui jouaient au football en plein champ, sont aujourd’hui obligés de se déplacer en véhicule blindé, ne pouvant faire confiance à personne de leur entourage, chacun d’eux agissant comme un microphone pour son compagnon d’armes. Ces hommes savent trop bien qu’à la fin de la république islamique, ce sera leur tour de faire face à la population et qu’ils devront affronter leur destin.

Nous connaissons des hommes et des femmes dont les voix ont été étouffées dans les cellules d’isolement, dont on a volé la vie, dont on a pris le nom, la maison et la ville. Mais on ne peut leur retirer ni leurs rêves ni leur espoir. L’espoir est bien vivant dans chaque centimètre carré de ce pays.

Aujourd’hui Emad Bahavar, Hassan Assadi Zeydabadi, Abdolfattah Soltani, Hossein Ronaghi Maleki, Akbar Amini, Yashar DaralShafa, Saïd Haeri, Sadigh Kaboudvand, Behzad Arab Gol, Saïd Matinepour, Ghorban Behzadiannejad, Akbar Amini Armaki, Amine Tchalaki, Siamak Ghaderi, Mohammad-Sadegh Rabani Amlashi, Alireza Radjaï, Reza Shahabi, Mohsen Mirdamadi, Mohammad Shodjaï, Gholmareza Khosravi, Soroush Sabet, Soheyl Babadi, Mohammad Davari, Mehrdad Ahankhah, etc… sont des graines dont les bourgeons poussent déjà. Ces hommes qui saignent à chaque bastonnade nous rappellent que le temps n’est pas loin qui verra l'avènement d'un futur différent.

Nous nous lèverons, nous planterons des arbres dans nos blessures, nous nous fortifierons et nous grandirons malgré et grâce à notre douleur. Nous sommes ici et nous y resterons.

Aux détenus de la section 350 d’Evine, je déclare : notre cœur est avec vous ; nous partageons vos douleurs et vos larmes versées. Mais tout ceci, ces jours noirs et amers eux aussi passeront.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/the-smell-of-blood-was-everywhere.html

lundi 28 avril 2014

Arrêtez de faire souffrir les mères de ce pays – Narges Mohammadi

Ce lundi, j’ai accompagné les mères, les épouses et les enfants des prisonniers politiques dans la salle de visite de la prison Evine de Téhéran. Dans la salle de visite, j’ai vu des militants, le Docteur Maleki et Monsieur Nourizad.

L’atmosphère dans la salle était tendue, des larmes perlaient dans les yeux qui fixaient la porte, espérant son ouverture pour qu’on leur donne des nouvelles de leurs enfants ou même pouvoir les rencontrer.

La veille, c’était la fête des mères mais dans la salle, personne ne se la souhaitait. J’ai entendu la mère d’Akbar Amini appeler son fils et se frapper la poitrine de douleur. Elle venait de voir son fils, la tête et le cou blessés, derrière une vitre. Elle était tellement dépassée par la douleur et le choc qu’elle n’arrêtait pas de se répéter son nom.

La mère d’Amini souffre de diabète et s’est écroulée par trois fois durant la visite avec son fils, deux fois avant et une fois après. Nous avons appelé une ambulance et ils nous ont dit qu’il fallait l’emmener à l’hôpital. Mais elle a refusé de partir disant qu’elle voulait voir son fils d’abord. Un médecin urgentiste qui était venu pour elle a dit qu’elle était dans un état grave et qu’il fallait l’emmener à l’hôpital immédiatement. C’est alors qu’on l’appela au haut-parleur pour qu’elle aille voir son fils. Elle est partie en toute hâte et quelques minutes plus tard, nous avons entendu ses pleurs et ses cris : les pleurs d’une mère choquée de voir le corps blessé de son fils. C’est alors qu’elle s’est évanouie pour la troisième fois et qu’elle est partie pour l’hôpital.

De l’autre côté de la salle était assise la mère de Saïd Matinepour, pleurant sans arrêt, prononçant quelques paroles entre ses sanglots. Elle aussi s’est évanouie et plusieurs personnes sont venues la secourir et lui apporter de l’eau fraîche. « Mère, s’il vous plaît, relevez-vous, ouvrez les yeux chère mère » lui a dit une personne essayant de l’aider à se remettre et de la consoler.

Mère, quel mot beau et douloureux à la fois. Je ressens la douleur que ces mères et d’autres encore ont ressenti. Des larmes perlent aussi dans mes yeux.

La mère de Saïd a dit avoir vu son fils au bout de neuf mois à l’isolement. Au départ, elle ne l’a pas reconnu tant il avait maigri. Elle a alors demandé à sa bru : « Pourquoi ont-ils dit qu’il n’y aurait pas de visite pendant trois mois ? Qu’ont-ils fait à mon fils ? »

Une mère âgée, le visage pâle m’a demandé pourquoi on ne nous permettait pas de rencontrer nos enfants. « Je suis venue de Boroudjerd, 18 heures de voyage. Je ne partirai pas avant de l’avoir vu. J’ai entendu dire qu’ils avaient frappe nos enfants. Pourquoi ? » C’était la mère de Mohammad Davari.

La mère de Soheil Babadi a élevé la voix. Elle était agitée et ne tenait pas assise. « Je n’ai qu’un fils, Soheil. Je dois le voir » disait-elle.

Dans un autre coin de la salle, une fille console sa mère. L’urgentiste venu pour la mère d’Akbar Amini vient aussi l’examiner ; c’est la mère de Mehdi Dolati. Le docteur dit à ses filles d’emmener leur mère à l’hôpital immédiatement.

On entend de nouveau la voix forte des mères dans la salle ; toutes demandent à voir leurs enfants. Elles scandent « Allah-o-Akbar » et « Libérez les prisonniers politiques ». A plusieurs repris, j’ai senti la terre trembler sous mes pieds. J’ai vu le Docteur Maleki asperger d’eau une mère tout en tenant sa canne.

Monsieur Nourizad écoute les plaintes d »une mère. La mère d’Alireza Radjaï revient de la visite, soutenue par son autre fils qui la console. Elle pleure et gémit « Chère Nargues, ils ont tabassé Alireza. A qui se plaindre ? » Je lui réponds « A dieu ». Elle demande alors pourquoi dieu ne s’occupe pas de leur douleur.

La mère d’Hossein Ronaghi-Maleki est assise à côté des mères de Davari et de Matinepour et toutes pleurent sans arrêt. Elle parle de la maladie de son fils et s’inquiète pour sa santé. De temps en temps, elle récite des prières et va jusqu’aux gardiens pour répéter sa demande de voir son fils.

La mère de Saïd Zeinali arrive, le visage plein de larmes. Elle étreint la mère de Saïd Matinepour qui lui demande : « Ont-ils aussi battu votre fils ? ». Elle lui répond : « Je ne sais pas, peut-être » au milieu de ses sanglots. La mère de Matinepour demande à celle de Zeinali : « Vous l’avez vu aujourd’hui ? ». Elle lui répond : « Je voudrais que mon Saïd soit aussi à Evine, j’aurais été là pour lui. » Ces mères, comme les autres, échangent leurs points de vue et leurs douleurs, même si elles ne se connaissent pas, même si elles ne connaissent pas les enfants des autres mères. Mais elles ont en commun un sentiment : l’amour d’une mère pour son enfant.

Voir ces mères mourant d’envie de voir leurs enfants emprisonnés le jour de la fête des mères n’est pas chose facile. Et je suis déconcertée de l’indifférence des dirigeants de ce pays face à tant de mères en larmes parce qu’elles ne peuvent pas voir ou être avec leurs enfants.

Source : http://www.roozonline.com/english/news3/newsitem/archive/2014/april/28/article/stop-the-suffering-of-the-mothers-of-this-country.html

dimanche 27 avril 2014

Lettre de Bahareh Hedayat en réponse à l'attaque récente de la section 350

Durant ces quatre dernières années, le téléphone a été coupé dans les prisons d’Evine et de Redjaï Shahr. Durant ces quatre dernières années, les prisonniers et leurs familles ont tenté tout ce qui était en leur pouvoir par des moyens légaux pour mettre fin à cette injustice mais sans résultat. Durant ces quatre dernières années, les prisonniers ont été fréquemment fouillés pour saisir tous leurs moyens de communication. Malheureusement, lors de la dernière fouille à la section 350 d’Evine, nous avons été témoins du lâche tabassage de nos frères.

Les autorités judiciaires sont devenues rouges de colère en « découvrant » quelques portables dans la section 350. Il faut demander : « Vous savez ce que c’est d’avoir 26 heures de visite par an avec votre famille ? C’est comme enterrer les prisonniers vivants ! Quand vous coupez le téléphone et privez les prisonniers de leur droit à communiquer avec leurs familles, vous condamnez les prisonniers à une mort lente, une peine non-écrite qui ne fait qu’ajouter à la cruauté et à l’oppression imposées aux prisonniers durant ces années.

Quand les prisonniers n’ont pas accès au téléphone, ils sont finalement condamnés à une demi-heure de communication avec leur famille (essentiellement une communication indirecte) ce qui ronge et met en danger leur santé émotionnelle et psychologique. C’est une sorte de torture lente et silencieuse qui prend la place des ecchymoses et des blessures, bien visibles, elles.

Vous voulez doucement détacher les prisonniers de conscience de leurs familles et du monde extérieur. Vous enfermez les prisonniers dans un vide jusqu’à ce que leurs relations spirituelles ou leur relation avec le monde libre soient bloquées ou même détruites. Vous avez l’intention de les détruire de façon insidieuse et cruelle, mais vous êtes en colère parce que les prisonniers ont choisi de ne pas mourir de mort lente, alors vous avez promis d’augmenter la pression.

Au fil des ans, la situation des prisonniers politiques c’est leur tenir une semaine la tête sous l’eau puis les laisser respirer pendant une demi-heure et répéter l’opération pendant des années. Il est facile de comprendre que la respiration durant la demi-heure est pleine d’angoisse et de stress, mais, malheureusement, les autorités judiciaires sont plus concernées par la raison pour laquelle le prisonnier, la tête sous l’eau pense qu’il a le droit de tricher en agitant les bras et les jambes de bas en haut.

Tentent-ils d’attirer l’attention des « médias dissidents » pour salir le tableau ? Tentent-ils de dire que « les droits humains islamiques » torturent ? Tentent-ils de fournir du contenu aux médias occidentaux ? Les autorités de la prison sont fières d’avoir écrasé toutes les personnes dont ils ont maintenu la tête sous l’eau pendant les inspections. Mais il n’y a personne pour répondre à cette question : quel pourcentage des appels émis de ces portables « découverts »étaient-ils destinés à d’autres qu’aux membres de leurs familles ?

En ce moment, les ministères de la justice et du renseignement ainsi que l’organisation des prisons ont tous signé un pacte pour mettre en place cette peine injuste. Bravo pour votre unité, mais il faut que vous sachiez que la réaction comportementale et la résistance des prisonniers n’est que naturelle et même critique.

Lors de vos procès inéquitables, aucun de nous n’a été condamné à être « enterré vivant. »
Communiquer avec sa famille fait partie des droits du prisonnier. Les en priver n’est pas en conformité avec les normes des droits humains, qu’ils soient islamiques ou non, orientaux ou occidentaux. Nous devrions être fiers des prisons iraniennes quand on les compare à celles de Corée du Nord, d’Abu Ghraib ou de Guantanamo Bay.

Eu égard à la situation des droits au téléphones dans les sections politiques des prisons d’Evine et de Radjaï Shahr, il serait plus approprié d’adopter et d’appliquer des décisions plus humaines. La pratique des fouilles fréquents et de l’intimidation ne conduit nulle part.

Les prisonniers ont le droit de défendre leur santé psychologique et émotionnelle, c’est un droit fondamental et aucun règlement ou arrêté ne peut s’y opposer.

Bahareh Hedayat – Avril 2014
Prison d’Evine
Source : http://www.kaleme.com/1393/02/07/klm-182473/